Semaine #BlackLivesMatter: le féminisme intersectionnel

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Après avoir parlé des essais pour cette semaine #BlacLivesMatter, nous allons nous pencher sur le cas particulier des essais concernant le féminisme intersectionnel. Mais que veut dire ce terme? Le féminisme tel que nous le connaissons le plus souvent a échoué à tenir compte du fait que les femmes vivent des situations et des oppressions différentes selon qu’elles sont pauvres, lesbiennes, trans ou encore d’une autre couleur que blanche. Celui-ci s’est surtout intéressé aux femmes blanches, cisgenres (c’est à dire dont le sexe assigné à la naissance correspond au genre ressenti par la personne) et hétérosexuelles provenant d’un milieu le plus souvent bourgeois. Les luttes de ce féminisme ne tiennent pas compte de ce que c’est qu’être une femme noire, une femme pauvre, une femme trans, etc. Le féminisme intersectionnel veut prendre en compte ces différentes réalités et les inclure dans la recherche de l’égalité entre tous. Et les femmes noires ont poussé la réflexion bien plus loin sur cette intersectionnalité. Nous vous proposons ici de découvrir quelques essais qui s’intéressent à la question, avec une mise en avant de « De la marge au centre » de bell hooks, une activiste féministe dont les livres ont eu un grand impact et restent encore aujourd’hui des références en la matière.

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De la marge au centre: théorie féministe, bell hooks

 

De quoi ça parle?

Avec De la marge au centre, son deuxième essai paru aux États-Unis en 1984, bell hooks poursuit la réflexion initiée dans Ne suis-je pas une femme ?
Étudiant les succès et les manquements des mouvements féministes qui ont traversé le XXe siècle, elle constate l’échec de la création d’un féminisme de masse qui s’adresserait à toutes.
Elle s’attache ainsi, dans un style toujours accessible, à bouleverser les représentations habituelles de la pensée féministe majoritaire en plaçant au centre de sa réflexion les femmes noires et/ou des milieux populaires, insistant sur le besoin profond d’une approche révolutionnaire de ces questionnements.
Cet ouvrage percutant a imposé bell hooks comme l’une des voix les plus influentes et stimulantes de la scène féministe.

Pourquoi le lire?

bell hooks est une autrice qui sait comment faire passer un message sans l’alourdir d’académisme qui en empêcherait l’accessibilité à un plus grand public. De la marge au centre est un essai aussi agréable à lire que compréhensible et il démontre aisément l’intérêt et la nécessité de l’intersectionnalité dans le féminisme. bell hooks explique le racisme du féminisme mainstream sans pour autant accuser, elle permet à ses lecteurs de percevoir les choses différemment et leur explique comment les améliorer.

Cet essai datant de 1984 est d’une actualité incroyable et devrait être mis entre toutes les mains car il explique aussi bien la nécessité du féminisme que le besoin de celui-ci de considérer TOUTES les situations et TOUS les cas d’oppression en sortant du cadre assez fermé dans lequel il se tient depuis trop de temps. C’est triste de voir que 26 ans après, c’est un message qui doit encore et encore être répété car il est très loin d’être assimilé. En illustration, par exemple, le triste cas de J.K. Rowling qui, encore récemment, a clamé un féminisme exclusif des femmes trans des plus déplorables.

Je termine sur quelques extraits à méditer:

« Souvent, dans des situations où des féministes blanches attaquaient agressivement des femmes noires, elles se considéraient elles-mêmes agressées, elles se voyaient elles-mêmes comme les victimes. Au cours d’une discussion animée avec une autre étudiante blanche dans un groupe de femmes racialement mixte que j’avais rassemblé, elle m’a dit qu’elle avait eu vent de comment j’avais « ruiné » les gens dans mon cours de théorie féministe, et qu’elle avait peur d’être « anéantie » à son tour. Je lui ai rappelé que j’avais été toute seule à parler face à un grand groupe de personnes énervées et agressives, et que j’avais difficilement dominé la situation. C’était moi qui avais quitté la classe en pleurs, et aucune des personnes que j’avais soi-disant « anéantie ». » (p. 81)

« A partir du moment où les hommes ne sont pas égaux entre eux au sein d’une structure de classe patriarcale, capitaliste et suprémaciste blanche, de quels hommes les femmes veulent-elles être les égales? Dans cette définition simpliste du mouvement de libération des femmes, il y a une négation implicite de la race et de la classe qui, en addition au séisme, constituent des facteurs qui déterminent l’étendue avec laquelle un.e individu.e va être discriminé.e, exploité.e ou opprimé.e. » (p. 86)

 

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Ne suis-je pas une femme?, bell hooks

« Ne suis-je pas une femme ? », telle est la question que Sojourner Truth, ancienne esclave, lança en 1851 lors d’un discours célèbre, interpellant féministes et abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race, de sexe.
Héritière de ce geste, bell hooks décrit dans ce livre paru en 1981 aux États-Unis les processus de marginalisation des femmes noires. Elle livre une critique sans concession des féminismes blancs, des mouvements noirs de ­libération, et de leur difficulté à prendre en compte les oppressions croisées.
Un livre majeur du « Black Feminism », un outil ­nécessaire pour tou·te·s à l’heure où, en France, une nouvelle génération d’Afroféministes prend la parole.

 

Bad Feminist, Roxane Gay

Bad Feminist. Derrière ce titre ironique, Roxane Gay développe une réflexion révolutionnaire et bienvenue sur l’état actuel du féminisme. Lassée des prises de position parfois trop clivantes de certaines organisations féministes, et fatiguée d’entendre des femmes dire qu’elles ne sont pas féministes, elle rappelle que la défense de l’égalité des sexes ne dispense pas d’assumer ses contradictions : on peut aimer la télé-réalité, se peindre les ongles en rose et revendiquer le fait d’être féministe. Bad Feminist regroupe ses chroniques initialement publiées dans The Guardian et sur le site The Rumpus. Roxane Gay y parle de culture, de race, de sexe et de genres, de stéréotypes sur l’amitié féminine, en se fondant sur sa propre histoire de femme noire dans l’Amérique contemporaine. Le portrait qui émerge en filigrane est celui d’une femme au regard d’une incroyable justesse, aussi bien sur elle-même que sur notre société. Une société dans laquelle les produits culturels que nous consommons entretiennent bon nombre de stéréotypes qui finissent par nous définir. Après avoir lu Bad Feminist, vous ne verrez plus les femmes, ni le monde, de la même façon.

 

Nous sommes tous des féministes, Chimamanda Ngozi Adichie

«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement

Chimamanda Ngozi Adichie aborde le sujet controversé du féminisme avec lucidité, éloquence et humour.

 

Chroniques sur le féminisme noir, Djamila Ribeiro

Racisme et machisme à la télévision, métisses et carnaval, Serena Williams, féminisme, quotas raciaux, mobilisation sur les réseaux sociaux, blackface… Rien n’échappe au regard aiguisé de la philosophe, féministe et activiste Djamila Ribeiro.

Dans ces chroniques originellement publiées dans la presse, Djamila Ribeiro réagit à chaud sur des situations du quotidien, à partir desquelles elle aborde des concepts comme le patriarcat, les droits LGBT+, l’autonomisation des femmes, et évoque des auteures de référence pour le féminisme comme Angela Davis ou Simone de Beauvoir.

Parce que l’exemple brésilien nous aide aussi à penser la situation française, son regard critique est plus que jamais nécessaire.

Djamila Ribeiro, maître en philosophie politique, est la référence du mouvement féministe noir, antiraciste, pro-LGBT et antimachiste au Brésil. Chroniqueuse pour la presse papier et TV, elle donne aussi des conférences dans le monde entier. Avec un demi-million de suiveurs sur les réseaux sociaux, c’est une activiste de poids.

 

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