Semaine « petits éditeurs » – Bleuets de Maggie Nelson aux éditions du Sous-sol

LOGO Editions sous-sol Bluets de Maggie Nelson

Les éditions du sous-sol citent Dostoïevksi et ses « Carnets du sous-sol » dans l’explication de leur genèse: « “Laissez-nous seuls, sans les livres, et nous serons perdus, abandonnés, nous ne saurons pas à quoi nous retenir ; quoi aimer, quoi haïr, quoi respecter, quoi mépriser ?” ». Nées effectivement dans un sous-sol en 2011 avec la revue Feuilleton, elles débarqueront en 2013 en librairie avec ladite revue qui sera suivie de deux collections de livres. La maison s’amuse à explorer la frontière entre fiction et non-fiction, comme ce sera le cas avec le livre dont nous allons parler, « Bleuets » de Maggie Nelson (nous vous parions d’ailleurs des « Argonautes » de la même autrice chez le même éditeur il y a deux ans ici).

 

De quoi ça parle?

Dans le sillage des Pensées de Pascal citées en exergue, Bleuets est un objet hybride quelque part entre l’essai, le récit, le poème. Deux cent quarante fragments composent cette méditation poétique, intime et obsessionnelle autour d’une couleur, le bleu. Le deuil, le sentiment amoureux, la mélancolie sont autant de thèmes chers à Maggie Nelson ici abordés dans une maïeutique convoquant l’art et la beauté entre deux digressions introspectives ou savantes, des fantasmes de l’auteure à des approfondissements autour de la pensée de Platon ou de Goethe, en passant par l’œuvre d’un Warhol ou d’un Klein ou la musique de Leonard Cohen. Laissons-nous séduire par cette déclaration d’amour fou à une couleur, un livre à ranger précieusement entre les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes et Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman.

« Et si je commençais en disant que je suis tombée amoureuse d’une couleur. Et si je le racontais comme une confession ; et si je déchiquetais ma serviette en papier pendant que nous discutons. C’est venu petit à petit. Par estime, affinité. Jusqu’au jour où (les yeux rivés sur une tasse vide, le fond taché par un excrément brun et délicat enroulé sur lui-même pareil un hippocampe), je ne sais comment, ça a pris un tour personnel. »

 

Pourquoi ce livre?

Pour être honnête, je ne suis pas cliente de l’autofiction, surtout celle à la française. Néanmoins, certains auteurs anglo-saxons ont su faire de ce « genre » quelque chose de plus qu’un simple exercice d’auto-satisfaction. Maggie Nelson est certainement une des maîtresses de la chose, nous apportant réflexions pertinentes, surprenantes et frôlant souvent la poésie dans sa manière de se raconter.

Tout part du bleu ici, et de la manière dont cette couleur a commencé à obséder l’autrice. Le bleu semble la poursuivre, l’habiter, et finir par lui permettre de parler de certaines choses qui trouveront peut-être écho en nous, en une sorte d’étrange universalité qui sera provoquée, étonnamment, par cette teinte. L’écriture est si belle mais les réflexions et interrogations le sont encore plus et font de ce toute petit livre un objet littéraire étonnant et passionnant à lire.

 

On en parle aussi sur La nuit je mens, sur L’écume des lettres, sur Le Devoir et sur Sens Critique.

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