Lisez-vous le belge – les éditeurs: 3. Vies Parallèles avec Délai de grâce d’Adelheid Duvanel

« Délai de grâce » par Adelheid Duvanel chez Vies Parallèles

De quoi ça parle?

Chacune des très courtes proses qui composent ce recueil met en scène un personnage « différent ». Une enfant attardée lors de la rentrée des classes. Une jeune femme dont les parents ont obtenu la garde de sa fille. Un vieil homme dans un hospice. Un SDF. Tous sont ce que l’on pourrait nommer des êtres dérangés, radicalement autres, des « inaptes à la vie » dont le seul maintien dans le monde qui les entoure tient du défi permanent ou du miracle.

Grolo voulait acheter des cartouches pour son stylo à encre, mais le mot « cartouche » ne lui revenait pas à l’esprit, aussi écrivait-il au stylo à bille.

En une page, une page et demi, rarement plus, Adelheid Duvanel parvient à nous enserrer dans ces vies bancales et à nous les rendre proches. Et, en nous permettant de percevoir l’équilibre fragile qui les rend malgré tout possibles, elle nous renvoie subtilement à nos propres tâtonnements. Maîtresse incontestée de la forme courte, elle est parvenue à conjuguer dans un même écrin l’extraordinaire originalité du regard « différent » (qu’il soit celui de l’enfant, du « dérangé » ou du rêveur) et la rigueur pointilliste d’une conteuse hors pair.

C’est étonnant comme un mouvement de paupières efface le monde entier.

Chacune de ces histoires forme un monde en soi. Une monade. Tout y est. Rien n’y manque. Elles sont comme des petits cercles dessinés à la main. Des petits cercles hésitants, délicats, qui entourent quelque chose. On ne sait pas toujours bien quoi. On sait juste que c’est infiniment précieux.

La fin était toujours en même temps un début. Il n’y avait pas de droites, il n’y avait que des cercles. Elle ne peignit plus dès lors que des cercles.

Pourquoi ce livre?

Avec une plume précise, acérée, parfois cruelle, Adelheid Duvanel raconte des histoires souvent très courtes qui marquent et font parfois mal. Mais des fois, on est masochistes et c’est le genre de douleurs qu’on aime s’infliger (allez savoir pourquoi…).

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Vies Parallèles est la maison d’édition initiée par le libraire de la superbe librairie bruxelloise Ptyx (et accessoirement un de nos anciens bibliothécaires d’un soir) qui publie des petites perles étranges et inattendues qu’on ne pourrait trop recommander. A lire, le manifeste non conformiste de cette maison d’édition.

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