Les livres qui dérangent: « Brûlées », Ariadna Castellarnau

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De quoi ça parle?

Brûlées, premier roman d’Adriadna Castellarnau, délivre une prose implacable, sèche et intensément belle, comme si les mots eux-mêmes avaient été réduits et purifiés par le feu. Le monde est en train de mourir. Ou il est peut-être déjà mort, mais il est encore habité par des survivants qui s’entendent sur la manière de mourir de faim, qui défendent leurs biens, qui prient pour l’avenir et qui abandonnent leurs enfants, parfois pour qu’ils aient une vie meilleure, parfois simplement parce qu’ils sont épuisés. Ce qui est arrivé au monde et pourquoi cela est arrivé n’est pas fondamental, ce qui compte c’est ce qu’il faut faire des dépouilles, de la crasse, de ces feux de joie nocturnes, de l’abandon lent de la compassion et du gouvernement de la tristesse.

Brûlées est un roman axé sur les femmes. C’est comme si les hommes, leur pouvoir, leur domination, le stéréotype du mâle, avaient aussi été brûlés. Les rares qui restent ont perdu leur virilité ou le feu leur a révélé leur vulnérabilité. Les femmes sont les véritables héroïnes de cette histoire, qui, en un mouvement à la fois terrible et libérateur, les contraint à réinventer radicalement leur rôle social.

« Le monde se meurt. Peut‑être est-il déjà mort, mais des survivants l’habitent encore. Ils font des pactes sur la manière de mourir de faim, défendent leurs austères possessions, prient le long des chemins et abandonnent leurs enfants, soit pour qu’ils aient une vie meilleure, soit par épuisement. Ariadna Castellarnau connaît tellement bien ces êtres désespérés qu’il lui suffit de quelques traits de sa prose sèche, intensément belle par moments, pour en dessiner les contours : la femme sans jambe, la femme sans œil, la petite albinos, les jeunes chasseurs, le frère responsable. Ce qui est arrivé au monde n’est pas fondamental dans cette cartographie du désarroi qu’est Brûlées. Il importe bien plus de savoir quoi faire des résidus, de la crasse, de ces bûchers au cœur de la nuit, du lent abandon de la compassion et du règne de la tristesse. […] Castellarnau écrit sur la fin comme si elle la connaissait, comme un témoin qui sait, qui devine et qui blesse ; un témoin qui enrage de la mort de la lumière. »

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Pourquoi ça dérange?

Ces nouvelles post-apocalyptique montrent des humains forcés de se confronter à leur animalité et mettent parfois profondément mal à l’aise mais sont d’une beauté brute incroyables en même temps.

 

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Les livres qui dérangent: « L’amour, accessoires », Fleur Breteau

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De quoi ça parle?

«Comme un prêtre défroqué, j’ai vécu pendant six ans un sacerdoce non prémédité dans des boutiques qui vendaient des objets dédiés à l’épanouissement sexuel. Recueillant les confessions de milliers de personnes, les angoisses amoureuses, l’effroi de la solitude et l’intimité qui débloque, j’ai vite compris que nous avions en charge non seulement un commerce, mais aussi une mission d’utilité publique.»

Dans ce récit documentaire, Fleur Breteau nous fait découvrir un lovestore de l’intérieur. Avec sa bienveillante ironie, elle alterne portraits de clients, modes d’emploi de sextoys et chronique de sa propre existence où surgit la figure d’une sulfureuse arrière-grand-tante. On est touché par le regard acéré et vivifiant, jamais impudique, de cette femme qui a le goût des autres et abhorre la «pensée sexuelle unique».

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 Pourquoi ça dérange?

Dans un monde qui aborde la sexualité de manière saine, ce livre ne dérangerait pas. Néanmoins, nous vivons dans un société qui a un rapport étrange à la sexualité et l’expérience de Fleur Breteau dans le sex shop dans lequel elle travaillait le prouve.

Les livres qui dérangent: « Ces hommes qui m’expliquent la vie », Rebecca Solnit

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De quoi ça parle?

Pourquoi les hommes se sentent-ils obligés d’expliquer aux femmes ce qu’elles savent déjà ? D’où vient leur certitude de savoir mieux qu’elles ce qu’elles doivent penser, ou faire ?

Peut-être de l’Histoire, qui a constamment relégué les voix des femmes au silence.

Dans ce recueil d’essais où la colère le dispute à l’intelligence et à l’humour, Rebecca Solnit explore une nouvelle façon de penser le féminisme. Et fournit des armes pour les luttes à venir.

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Pourquoi ça dérange?

« Ces hommes qui m’expliquent la vie » n’est pas un pamphlet à charge des hommes, c’est un ensemble de courtes réflexions posées et raisonnées d’une femme universitaire qui porte un regard différent sur les aberrations sexistes de notre société. Elle ouvre les yeux aussi bien des hommes que des femmes qui suivront ses interrogations.

Les livres qui dérangent: « Ariane », Myriam Leroy

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De quoi ça parle?

« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. »

Elles sont collégiennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.

Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.

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Pourquoi ça dérange?

Myriam Leroy évoque ici aussi bien une jeunesse qui parlera à tous les trentenaires que ces amitiés dangereuses ignorées volontairement par les adultes alors qu’elles hantent et ravagent les jeunes qui les vivent. C’est aussi intense que douloureux et ça rappellera peut-être des souvenirs enfouis à certains..

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Vous pouvez (ré)écouter Myriam Leroy parler des livres qui ont marqué sa vie de lectrice ici.

Les livres qui dérangent: « The Hate U Give », Angie Thomas

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De quoi ça parle?

Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.

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Pourquoi ça dérange?

« The Hate U Give » a l’intelligence de parler d’un personnage qui appartient « aux deux mondes », celui de la banlieue noire et celui des riches blancs. Cette dualité amène aussi bien une compréhension différente de la situation qu’une confrontation salutaire des opinions et force ceux qui ne sont pas comme Starr à ouvrir les yeux sur un racisme qu’ils prétendent ne plus exister et qui est pourtant encore bien présent dans nos sociétés.

Les livres qui dérangent: « Le racisme est un problème de blancs », Reni Eddo-Lodge

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De quoi ça parle?

«Quand des Blancs feuillettent un magazine, surfent sur Internet ou zappent à la télévision, il ne leur semble jamais étrange de voir des gens qui leur ressemblent en position d’autorité. Les affirmations positives de la blanchité sont tellement répandues que le Blanc moyen ne les remarque même pas. Être blanc, c’est être humain ; être blanc, c’est universel. Je ne le sais que trop, car je ne suis pas blanche.»

Après l’élection de Barack Obama, certains ont proclamé l’avènement d’une société post-raciale. Avec une liberté de ton décapante, Reni Eddo-Lodge montre ici combien nous en sommes loin. Elle analyse les méfaits d’un racisme structurel persistant d’autant plus sournois qu’il avance masqué. Car le racisme va bien au-delà de la discrimination ou de l’injure personnelle. Il imprègne le récit historique, l’imaginaire collectif, les institutions et les entreprises.
Pourquoi les Blancs pensent-ils ne pas avoir d’identité raciale? Pourquoi la simple idée d’un James Bond noir fait-elle scandale? Comment une fillette noire en vient-elle à se persuader qu’en grandissant, elle deviendra blanche? Le racisme n’est pas une question de valeur morale, mais d’exercice du pouvoir. Entretenir la légende d’une égalité universelle n’aide en rien. Au contraire. Car, pour déconstruire le racisme, il faut commencer par reconnaître l’étendue du privilège blanc.

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Pourquoi ça dérange?

En fait, « Le racisme est un problème de blancs » ne dérangera que les blancs, et c’est tant mieux. Ce livre bouleverse et bouge de façon irrémédiable les repères, amenant ceux qui ne sont pas victimes du racisme à le voir différemment et à mieux le comprendre. C’est à mettre entre toutes les mains, ça dérangera beaucoup, certains trouveront même son propos insupportable et exagéré, mais ce livre ne laissera personne indifférent.

 

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Collection des « Livres qui dérangent »: nouveautés

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L’année dernière, à l’occasion du Ramdam Festival de Tournai, nous avions lancé notre collection de « Livres qui dérangent ». Alors qu’une nouvelle édition du festival du film qui dérange démarre, nous allons vous présenter quelques-uns des nouveaux titres qui ont rejoint cette collection. Rendez-vous du 14 au 22 pour les nouveaux « livres qui dérangent »!

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