Les coups de cœur du club de lecture n°59 – décembre 2018

2018 12 coups coeurs 59

« Home », Toni Morrison : reflet troublant de l’Amérique d’aujourd’hui dans une histoire éprouvante de racisme à la très belle écriture. (Béatrice)

« Le train », Georges Simenon :  court roman puissant et marquant sur la fuite des Belges (et Français) lors de l’arrivée des Allemands pendant la seconde guerre mondiale. (Eveline et Claudine)

 « L’arbre-monde », Richard Powers : roman fascinant et didactique sur notre rapport aux arbres. (Jacqueline)

« Un amour impossible », Christine Angot : récit trouble et troublant de l’histoire d’amour des parents de l’autrice. (Anne-Marie)

« Ni d’Eve ni d’Adam », Amélie Nothomb : peut-être un des plus beaux romans de l’autrice qui nous offre ici une écriture tendre et pleine d’humour. (Claudine)

« Check-Point », Jean-Christophe Ruffin : histoire très intéressante à l’écriture saccadée sur la Bosnie en guerre. (Béatrice)

« Les derniers jours de l’émerveillement », Graham Moore :  histoire de la naissance de l’électricité sur le mode thriller, très prenant. (Jacqueline)

« Le café du bout du monde », John Strelecky : livre de développement personnel pour nous aider à sortir de la routine. (Anne-Marie)

« Sauveur & Fils » saison 1, Marie-Aude Murail : roman très attachant avec une histoire de famille cachée passionnante. (Claudine)

« Emma G. Wildford », Zidrou & Edith : BD qui raconte l’histoire étonnante d’une femme qui part à la recherche de son fiancé disparu. (Jacqueline)

« L’âge d’or », Cyril Pedrosa et Roxane Moreil : superbe BD aux dessins magnifiques et au récit somptueux. (Jacqueline)

« Le racisme est un problème de blancs », Reni Eddo-Lodge : essai marquant qui permet aux personnes qui ne sont pas victimes de racisme de comprendre les choses autrement. (Jacqueline)

« Pense aux pierres sous tes pas », Antoine Wauters : étrange roman de révolte à l’écriture envoûtante. (Sophie)

« Délai de grâce », Adelheid Duvanel : collection de courts récits incisifs et délicats qu’on oublie difficilement. (Sophie)

Date du prochain club de lecture : vendredi 4 janvier 2019

Publicités

Les livres qui dérangent: « Grandeur et décadence », Liv Strömquist

livres qui dérangent 07 grandeur et décadence liv strömquist

De quoi ça parle?

La finance qui règne sans partage, le gouffre qui ne cesse pas de se creuser entre l’extrême richesse et l’extrême pauvreté, la mainmise de la classe aisée blanche sur la culture et le médias, la croissance infinie qui est en train de détruire la planète, la gauche qui a renoncé à faire de la politique et l’a remplacée par un creux moralisme, les gargouillis identitaires… Liv Strömquist s’éloigne le temps d’un livre des thématiques de Les sentiments du prince Charles et de L’origine du monde, pour brosser un portrait assez cinglant de nos chancelantes démocraties occidentales. Si le sujet a changé, la verve de l’auteure suédoise n’a nullement perdu de son mordant : partant une fois de plus d’une galerie d’exemples bien choisis – où l’on croise banquiers, princesses, philosophes, P-DG de l’industrie pétrolière et écrivains libertariens – le propos de Liv Strömquist est toujours documenté, brillant et – avant tout – très drôle.
Liv Strömquist nous livre un manifeste politique limpide et humaniste, à la fois analyse des ravages du néolibéralisme et exhortation à construire une société différente.

.

Pourquoi ça dérange?

Liv Strömquist n’a ni sa langue ni sa plume dans la poche et sa BD dénonce ouvertement et implacablement les absurdités de ce monde capitaliste. C’est rude, âpre et salutaire. Et drôle, très drôle aussi.

Les livres qui dérangent: « Brûlées », Ariadna Castellarnau

livres qui dérangent 03 brûlées ariadna castellarnau

De quoi ça parle?

Brûlées, premier roman d’Adriadna Castellarnau, délivre une prose implacable, sèche et intensément belle, comme si les mots eux-mêmes avaient été réduits et purifiés par le feu. Le monde est en train de mourir. Ou il est peut-être déjà mort, mais il est encore habité par des survivants qui s’entendent sur la manière de mourir de faim, qui défendent leurs biens, qui prient pour l’avenir et qui abandonnent leurs enfants, parfois pour qu’ils aient une vie meilleure, parfois simplement parce qu’ils sont épuisés. Ce qui est arrivé au monde et pourquoi cela est arrivé n’est pas fondamental, ce qui compte c’est ce qu’il faut faire des dépouilles, de la crasse, de ces feux de joie nocturnes, de l’abandon lent de la compassion et du gouvernement de la tristesse.

Brûlées est un roman axé sur les femmes. C’est comme si les hommes, leur pouvoir, leur domination, le stéréotype du mâle, avaient aussi été brûlés. Les rares qui restent ont perdu leur virilité ou le feu leur a révélé leur vulnérabilité. Les femmes sont les véritables héroïnes de cette histoire, qui, en un mouvement à la fois terrible et libérateur, les contraint à réinventer radicalement leur rôle social.

« Le monde se meurt. Peut‑être est-il déjà mort, mais des survivants l’habitent encore. Ils font des pactes sur la manière de mourir de faim, défendent leurs austères possessions, prient le long des chemins et abandonnent leurs enfants, soit pour qu’ils aient une vie meilleure, soit par épuisement. Ariadna Castellarnau connaît tellement bien ces êtres désespérés qu’il lui suffit de quelques traits de sa prose sèche, intensément belle par moments, pour en dessiner les contours : la femme sans jambe, la femme sans œil, la petite albinos, les jeunes chasseurs, le frère responsable. Ce qui est arrivé au monde n’est pas fondamental dans cette cartographie du désarroi qu’est Brûlées. Il importe bien plus de savoir quoi faire des résidus, de la crasse, de ces bûchers au cœur de la nuit, du lent abandon de la compassion et du règne de la tristesse. […] Castellarnau écrit sur la fin comme si elle la connaissait, comme un témoin qui sait, qui devine et qui blesse ; un témoin qui enrage de la mort de la lumière. »

.

Pourquoi ça dérange?

Ces nouvelles post-apocalyptique montrent des humains forcés de se confronter à leur animalité et mettent parfois profondément mal à l’aise mais sont d’une beauté brute incroyables en même temps.

 

Les livres qui dérangent: « L’amour, accessoires », Fleur Breteau

livres qui dérangent 05 l'amour accessoires fleur breteau

De quoi ça parle?

«Comme un prêtre défroqué, j’ai vécu pendant six ans un sacerdoce non prémédité dans des boutiques qui vendaient des objets dédiés à l’épanouissement sexuel. Recueillant les confessions de milliers de personnes, les angoisses amoureuses, l’effroi de la solitude et l’intimité qui débloque, j’ai vite compris que nous avions en charge non seulement un commerce, mais aussi une mission d’utilité publique.»

Dans ce récit documentaire, Fleur Breteau nous fait découvrir un lovestore de l’intérieur. Avec sa bienveillante ironie, elle alterne portraits de clients, modes d’emploi de sextoys et chronique de sa propre existence où surgit la figure d’une sulfureuse arrière-grand-tante. On est touché par le regard acéré et vivifiant, jamais impudique, de cette femme qui a le goût des autres et abhorre la «pensée sexuelle unique».

.

 Pourquoi ça dérange?

Dans un monde qui aborde la sexualité de manière saine, ce livre ne dérangerait pas. Néanmoins, nous vivons dans un société qui a un rapport étrange à la sexualité et l’expérience de Fleur Breteau dans le sex shop dans lequel elle travaillait le prouve.

Les livres qui dérangent: « Ces hommes qui m’expliquent la vie », Rebecca Solnit

livres qui dérangent 04 ces hommes qui m'expliquent la vie rebecca solnit

De quoi ça parle?

Pourquoi les hommes se sentent-ils obligés d’expliquer aux femmes ce qu’elles savent déjà ? D’où vient leur certitude de savoir mieux qu’elles ce qu’elles doivent penser, ou faire ?

Peut-être de l’Histoire, qui a constamment relégué les voix des femmes au silence.

Dans ce recueil d’essais où la colère le dispute à l’intelligence et à l’humour, Rebecca Solnit explore une nouvelle façon de penser le féminisme. Et fournit des armes pour les luttes à venir.

.

Pourquoi ça dérange?

« Ces hommes qui m’expliquent la vie » n’est pas un pamphlet à charge des hommes, c’est un ensemble de courtes réflexions posées et raisonnées d’une femme universitaire qui porte un regard différent sur les aberrations sexistes de notre société. Elle ouvre les yeux aussi bien des hommes que des femmes qui suivront ses interrogations.

Les livres qui dérangent: « Ariane », Myriam Leroy

livres qui dérangent 023 ariane myriam leroy

De quoi ça parle?

« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. »

Elles sont collégiennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.

Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.

.

Pourquoi ça dérange?

Myriam Leroy évoque ici aussi bien une jeunesse qui parlera à tous les trentenaires que ces amitiés dangereuses ignorées volontairement par les adultes alors qu’elles hantent et ravagent les jeunes qui les vivent. C’est aussi intense que douloureux et ça rappellera peut-être des souvenirs enfouis à certains..

.

Vous pouvez (ré)écouter Myriam Leroy parler des livres qui ont marqué sa vie de lectrice ici.

Les livres qui dérangent: « The Hate U Give », Angie Thomas

livres qui dérangent 02 the hate u give angie thomas

De quoi ça parle?

Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.

.

Pourquoi ça dérange?

« The Hate U Give » a l’intelligence de parler d’un personnage qui appartient « aux deux mondes », celui de la banlieue noire et celui des riches blancs. Cette dualité amène aussi bien une compréhension différente de la situation qu’une confrontation salutaire des opinions et force ceux qui ne sont pas comme Starr à ouvrir les yeux sur un racisme qu’ils prétendent ne plus exister et qui est pourtant encore bien présent dans nos sociétés.