Les coups de cœur du club de lecture n°56 – septembre 2018

Coups de coeur 56 club lecture septembre 2018

« Vers la beauté, David Foenkinos : dans ce livre bouleversant, l’auteur parle de l’art comme remède de l’âme. (Claudine)

« La formule préférée du professeur », Yoko Ogawa : douce et calme histoire d’une amitié atypique et de ce qu’on peut chacun apporter à l’autre. (Jacqueline)

« Famille parfaite », Lisa Gardner : thriller prenant sur l’illusion de la perfection familiale. (Yolande)

« Sept jours pour une éternité », Marc Lévy : étonnant jeu entre Dieu et Lucifer qui donne lieu à un roman fantastique et amusant. (Claudine)

« Cristallisation secrète », Yoko Ogawa : roman mélancolique sur la conservation (et la perte) des souvenirs qui esquisse en filigrane une belle critique du totalitarisme. (Jacqueline)

« En l’absence des hommes », Philippe Besson : gros coup de cœur pour ce roman d’amour sur fond de première guerre mondiale à l’écriture sublime. (Eveline)

« L’envoûtement de Lily Dahl », Siri Hustvedt : histoire subtile d’une serveuse de 17 ans séduite par un peintre beaucoup plus vieux. (Yolande)

« Minute, papillon », Aurélie Valognes : roman drôle et touchant sur les relations familiales, leurs difficultés mais aussi la solidarité qu’elles peuvent entraîner. (Claudine)

« Vincent qu’on assassine », Marianne Jaeglé :  récit de la mort de Van Gogh à l’écriture magnifique et aux hypothèses plus que convaincantes. (Jacqueline)

« Jérusalem », Alan Moore : histoire fourmillante et étonnante d’une ville. (Yolande)

« Robe de marié », Pierre Lemaître : thriller psychologique parfois étouffant mais très étonnant et diablement bien construit. (Jacqueline)

« Bad Feminist », Roxane Gay : collection de réflexions sur l’état actuel du féminisme parfois drôles, parfois marquantes. (Yolande)

« Une saison au bord de l’eau », Jenny Colgan : lecture facile, qui fait du bien, parfaite pour les vacances (ou pour se consoler d’être de retour au travail). (Jacqueline)

« Le prédicateur » et « Le tailleur de pierres », Léonie Bischoff et Olivier Bocquet d’après Camilla Lackberg : plongée dans la tragédie humaine, dans ses côtés les plus sombres, pour des thrillers pleins d’émotions. (Jacqueline)

Date du prochain club de lecture : vendredi 5 octobre 2018

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Les coups de cœur du club de lecture n°55 – août 2018

Coups de coeur club lecture 55 août 2018

« La Bicyclette bleue », Régine Deforges : histoire très prenante d’une jeune résistante pendant la seconde guerre mondiale. (Yolande)

« Soie », Alessandro Barrico : histoire d’un amour exotique et mystérieux qui ne commencera jamais réellement. (Jacqueline)

« Minute, papillon », Aurélie Valogne : charmant livre rempli d’optimisme qui met de bonne humeur. (Eveline)

« La petite fille sur la banquise », Adelaïde Bon : autobiographie douloureuse à l’écriture superbe. (Claudine)

« Rêver l’impossible rêve », Arnaud Askoy : poésie autour de Brel. (Yolande)

« Auprès de moi toujours », Kazuo Ishiguro : beau roman sans pathos autour de la perte d’innocence et de mémoire qui hante longtemps. (Jacqueline)

« Dysfonctionnelle », Axl Cendres : histoire gaie d’une tribu foldingue qui fonctionne très bien (la tribu comme l’histoire). (Eveline)

« Ariane », Myriam Leroy : récit d’une relation toxique qui déguise une critique sociale assez fine. (Claudine)

« Quatorze mois », Carine Russo : carnet poignant tenu pendant la disparition de sa fille, Mélissa. (Yolande)

« La végétarienne », Han Kang : roman envoutant et onirique qui questionne la notion de normalité dans notre société. (Jacqueline)

« Vincent qu’on assassine », Marianne Jaeglé : impressionnant récit basé sur des recherches historiques qui révolutionnent tout ce qu’on sait sur la mort de Van Gogh. (Eveline)

« La femme qui ne vieillissait pas », Grégoire Delacourt : livre touchant, plein de vérités et de sincérité. (Claudine)

« Points de repère pour prévenir la maltraitance », coll. Yapaka : explications pratiques sur comment encadrer la maltraitance et la prévenir. Intéressant. (Yolande)

« Ce n’est pas toi que j’attendais », Fabien Toulmé : BD sincère sur l’acceptation de la trisomie de la dernière-née de l’auteur. (Jacqueline)

« Robe de marié », Pierre Lemaître : thriller diabolique d’un auteur qui ferait passer Michel Bussi pour un ange. (Eveline)

« Ces jours qui disparaissent », Timothée Le Boucher : BD surprenante qui pose des questions sur l’identité. (Claudine)

Date du prochain club de lecture : vendredi 7 septembre 2018

Bibliothécaire d’un soir #4: les choix de Léonie Bischoff

Pour notre quatrième édition de « Bibliothécaire d’un soir » , vendredi 31 août dernier, c’est Léonie Bischoff, autrice/dessinatrice de BD énergique et fascinante qui nous rejoignait pour nous parler des livres ayant marqué sa vie de lectrice. Voici les titres qu’elle nous a présentés.

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Pour ceux qui ont manqué cette rencontre et/ou pour ceux qui souhaitent la prolonger, voici la liste des choix de notre bibliothécaire d’un soir ainsi que l’enregistrement qui a été fait de ses explications. A noter qu’en plus de pouvoir retrouver le podcast sur la page d’Audioville (Soundcloud), notre partenaire, vous pourrez maintenant aussi écouter la rencontre sur Youtube (juste le son, nous ne faisons pas d’enregistrement vidéo):

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1. « Journal de l’amour », Anaïs Nin

Ce journal de l’Amour ne fut pas simplement pour Anaïs Nin (1903-1977) le confident de ses aventures et le témoin de ses rencontres. Elle en fit aussi le complice des « mensonges héroïques » (l’expression est d’elle) destinés à ceux qu’ une vérité sans fard eût blessés. C’est pourquoi sans doute il fallut attendre si longtemps la publication de la « version non expurgée « . La période couverte ici est celle des années 1932-1939, la plus riche et la plus intense de son existence.
On y trouvera, en grand nombre, les portraits pris sur le vif des artistes et des écrivains célèbres qu’elle croisa, notamment dans ses années parisiennes, de James Joyce à Marcel Duchamp , de Brassai à Antonin Artaud, mais on y découvrira également un modèle inégalé d' » auto fiction  » mêlant avec un art souverain aveux et phantasmes. C’est cette étonnante composition qui fait d’Anaïs Nin l’une des figures les plus singulières de la littérature américaine contemporaine.

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2. « Journal de la création », Nancy Huston

Pendant des millénaires, tout paraissait simple : aux hommes la création, aux femmes la procréation ; aux hommes l’esprit et aux femmes le corps. L’émancipation féminine a bousculé cette distribution des rôles et mis à mal des métaphores séculaires : la muse féminine, l’œuvre d’art comme amante ou comme “enfant” de l’artiste…
Mais trouver un nouveau modus vivendi n’est pas facile pour autant. Mettant à profit une certaine et curieuse forme de clairvoyance liée, dans son esprit, aux métamorphoses de son corps de femme enceinte, Nancy Huston s’est penchée sur les histoires souvent douloureuses de Sand et Musset, Virginia et Leonard Woolf, Scott et Zelda Fitzgerald, Sartre et Beauvoir… Le récit de ses recherches sur les couples d’écrivains et le journal de sa propre grossesse se croisent, se répondent et se complètent pour évoquer les mystères de l’amour, de l’inspiration, du couple et de la création.

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3. « Sauvage ou La sagesse des pierres », Thomas Gilbert

Sauvage ! Mousse et humus, ronces et rocs, pluie et vent, soleil brûlant sur peau tannée, se nourrir de rien, marcher, nue, à s’en couper les pieds, mordre la chair vivante, boire l’eau croupie, devenir celle qui vit enfin… Et retrouver la sagesse des pierres.

 

 

 

 

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4. « Comme un frisson », Aniss El Hamouri

Renata est une jeune fille mal dans sa peau. Depuis quelques temps, elle ressent d’étranges frissons qui se révèlent être une sorte de pouvoir : elle pressent les menaces. Malgré ce don, elle n’a pas pu prévenir le vol de son ordinateur. Au hasard d’une soirée, elle retrouve les voleurs mais les deux compères ne lui rendent pas de suite son précieux bien : commence alors un jeu vicieux de chantage et de mise en confiance, une aventure entre marginaux qui, chacun à leur manière, cherchent leur place.

 

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comme un frisson détail

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5. « Big Kids », Michael DeForge

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Big kids détails

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Ces livres, ainsi que ce de l’autrice, sont disponibles au prêt.

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Le prochain bibliothécaire d’un soir sera Emmanuel Reignez, qui viendra nous parler des livres qui l’ont marqué vendredi 26 octobre à 19h.

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Autres suggestions

Les livres dont nous vous avons parlé cette semaines ne sont pas les seuls coups de cœur « arc-en-ciel » que nous avons eus cette année. Nous voulions laisser une petite place aussi aux autres histoires LGBTQIA qui nous ont fait vibrer depuis mai dernier:

Je suis une fille, Yasmeen Ismail (album jeunesse dès 3 ans)

LGBT 2018 fin Je suis une fille

La petite fille de cette histoire constate avec effarement qu’on la prend souvent pour un garçon… Il suffit pourtant de pas grand-chose, d’un presque rien, pour faire changer le regard des gens. Si elle est tranquillement en train de siroter une menthe à l’eau et qu’elle s’amuse un peu avec sa paille en éclaboussant la table, elle entend la serveuse soupirer que, décidément, les garçons ne sont vraiment pas ordonnés. Alors qu’elle, c’est une fille! Une fille qui aime rouler vite sur sa trottinette, une fille qui adore sauter dans la piscine, jouer de la trompette, faire du bruit et sauter partout! Une fille qui aime aussi bien jouer à la poupée que faire la course pour arriver la première. Elle est une fille, et que personne ne lui dise le contraire!

Nouveautés Littérature Jeunesse en parle ici.

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Boucle d’ours, Stéphane Servant & Laetitia Le Saux (album jeunesse dès 4 ans)

LGBT 2018 fin Boucle d'ours

Dans la famille Ours, on se prépare : ce soir c’est le grand carnaval de la forêt ! Papa Ours est déguisé en grand méchant loup, Maman Ours en Belle au bois dormant, et Petit Ours? En Boucle d’ours pardi ! Papa Ours est dans tous ses états. Les jupes et les couettes, c’est pour les filles, les oursonnes, les femmelettes, les cacahouètes, les hommelettes! Pourtant, à l’arrivée du Grand Méchant Loup, déguisé en Chaperon Loup, Papa Ours n’en est plus sûr du tout.

A l’ombre du grand arbre en parle ici.

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Jérôme par cœur, Thomas Scotto & Olivier Tallec (album jeunesse dès 5 ans)

LGBT 2018 fin Jérôme par coeur

Jérôme lui donne ses goûters, le défend contre les moqueries des autres. Dans son sourire, Raphaël se sent protégé. Les jours de sortie, ils se tiennent toujours par la main. Alors oui, Raphaël aime Jérôme. Dans ses rêves et dans la vie. Il le dit.

Ricochet en parle ici.

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 Bichon, David Gilson (BD jeunesse)

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Se déguiser en princesse pour un goûter d’anniversaire, jouer à l’élastique, entamer une chorégraphie en pleine cour de récré… Un peu compliqué quand on aime faire toutes ces choses et qu’on est un petit garçon de 8 ans. Mais pas pour Bichon : il transgresse les règles de la société sans même s’en rendre compte ! Heureusement, sa famille et ses amis l’aiment tel qu’il est. Même que parfois Jean-Marc, le beau garçon du CM2, prend sa défense quand on se moque de lui… David Gilson réussit l’ambitieux pari de raconter avec tendresse et humour la vie quotidienne d’un petit garçon « pas comme les autres ». Bichon ne fait qu’être lui-même et se soucie peu du regard des autres, et cette personnalité déjà si affirmée et si naturelle est un joyeux exemple pour les petits et grands lecteurs !

L’oiseau lit en parle ici.

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Dysfonctionnelle, Axl Cenders (roman ados)

LGBT 2018 fin dysfonctionelle

Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, grandit dans une famille dysfonctionnelle. Papa enchaîne les allers-retours en prison, Maman à l’asile. Mais malgré le quotidien difficile, Fidèle vit des moments de joie, entourée de ses six frères et sœurs aux personnalités fortes et aux prénoms panachés : Alyson, JR, Dalida, Jésus… Cette tribu un peu foldingue demeure Au Bout Du Monde, le bar à tocards que tient le père dans Belleville, théâtre de leurs pleurs et rires. À l’adolescence, la découverte de son « intelligence précoce » va mener Fidèle à « l’autre » bout du monde: un lycée des beaux quartiers où les élèves se nomment Apolline ou Augustin, et re- gardent de haut son perfecto, ses manières de chat de gouttière et ses tee-shirts Nirvana. Mais c’est aussi là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui forme, transforme… celui qui sauve.

Si Sophie avait lu ce livre plus tôt, il aurait figuré parmi les autres coups de cœur détaillés présentés cette semaine. Elle l’a malheureusement fini ce midi mais voulait souligner le fait que c’est un gros coup de cœur. Et qu’elle va essayer de le refiler au plus de lecteurs possible!

Mx Cordelia en parle en vidéo ici.

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Justin, Gauthier (BD ados et adultes)

LGBT 2018 fin Justin BD

Quand le prof de sport demande de former une équipe de filles et de garçons, Justine reste au milieu. Il sent bien qu’il n’appartient pas au genre qu’on lui a attribué mais il se persuade que tout le monde le sait, « sauf papa et maman ». Au fil de sa vie d’enfant, d’ado et de jeune adulte, souvent malmené et incompris, Justine va entreprendre de vivre qui il a toujours été, c’est-à-dire Justin.

Biblioqueer en parle ici.

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 Skim, Mariko & Jillian Takami (roman graphique ados et adultes)

LGBT 2018 fin Skim

Entre amitiés foireuses et premier amour, le journal intime d’une ado sur le chemin de la maturité. Kim a 16 ans, un surnom pas vraiment flatteur, des parents dépassés et des camarades de classe un peu trop coincées. solitaire, elle se lâche avec une bonne dose de sarcasmes dans son journal intime. États d’âme, amitiés décevantes, soirées ratées, expériences amoureuses… tout passe au crible de sa verve rafraîchissante.

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Luisa ici et là, Carole Maurel (BD ados et adultes)

LGBT 2018 fin Luisa

D’un côté, il y a Luisa, 33 ans, photographe culinaire célibataire et incapable de vivre plus de quelques semaines avec un homme. De l’autre, Luisa, 15 ans, des rêves plein son sac à dos, une folle envie de trouver l’amour et de vivre de la photographie… Mais aussi des sentiments inassumés pour Lucie, sa copine homosexuelle. Un jour, aussi invraisemblable que cela puisse lui paraître, la Luisa adulte voit débarquer sur le pas de sa porte l’ado qu’elle était ! Cette rencontre sera décisive pour la jeune femme car elle fera remonter à la surface des frustrations trop longtemps enfouies.

La bande du 9 en parle ici.

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La chambre de Giovanni, James Baldwin (roman adulte, drame)

LGBT 2018 fin la chambre de giovanni

Les histoires d’amour tourmentées et douloureuses d’un jeune Américain à Paris dans les années 50. La sincérité et l’audace avec lesquelles James Baldwin décrit le trouble émotionnel de David, déchiré entre Giovanni et Hella, font de ce livre un classique. La Chambre de Giovanni, l’un des premiers et plus beaux livres de James Baldwin, était resté introuvable pendant plus de vingt-cinq ans.

Lecture / Ecriture en parle ici.

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Appelle-moi par ton nom, André Aciman (roman adulte, drame)

LGBT 2018 fin Appelle-moi par ton nom

Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion…

Les lectures d’Hatchi en parle ici.

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Le charme des Magpie, K.J. Charles (roman adultes, urban fantasy historique)

LGBT 2018 fin Le Charme des Magpie

Exilé depuis des années, Lucien Vaudrey ne pensait pas rentrer un jour en Angleterre. À la suite du suicide de son père et de son frère, il hérite d’un comté ainsi que des ennemis de sa famille… Afin de se débarrasser d’une malédiction qui l’incite lui aussi à se donner la mort, il se tourne vers un magicien spécialiste des forces occultes, Stephen Day. Très vite, celui-ci tombe sous le charme ravageur de Lucien, qui ne cache pas son envie de le mettre dans son lit. Troublé, Stephen perd peu à peu ses pouvoirs. Mais lorsqu’une série de machinations se referment sur Lucien, Stephen sait qu’il doit les déjouer, sinon la Grande Faucheuse sera leur seule compagne.

Livrement vôtre en parle ici.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur arc-en-ciel des bibliothécaires: Les Argonautes, Maggie Nelson

LGBT 2018 6 Les Argonautes

De quoi ça parle?

Les Argonautes, c’est d’abord une histoire d’amour. Deux êtres qui se rencontrent et tombent éperdument amoureux. Leur amour grandit, leurs deux corps se transforment, et avec leurs mutations d’autres grandes questions résonnent : qu’est-ce que la maternité? Comment se construit le genre? Comment vivre et penser la marge en construisant une famille?

À la lisière de l’essai et de l’autofiction, Les Argonautes est à la fois amusant et indigné, souvent emporté, toujours brillant. Maggie Nelson nous y présente les penseurs qui l’ont aidée à vivre, Judith Butler, Susan Sontag, Gilles Deleuze ou Roland Barthes. Elle parvient à mêler histoire intime et réflexion, livrant un texte à nul autre pareil, brillant et solaire. Au fil de ses lectures, elle nous emmène en Floride sur la plage, au cabaret burlesque, dans une université de New York, dans le bureau d’un shérif en Californie, à la très kitsch chapelle de Hollywood… Et surtout, elle s’assure que nous ne verrons plus jamais de la même façon le mystère de la fabrication d’un corps par un autre.

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Pourquoi on aime?

Maggie Nelson est une universitaire érudite qui cite et explique de nombreux auteurs dans cet étrange livre qui n’est ni un essai, ni un roman, ni de l’auto-fiction mais plus ce que les Américains appellent de la « non-fiction ». Et pourtant, Les Argonautes n’est ni obscur, ni abscons, mais bien totalement abordable par tous. Qu’on se retrouve en l’auteur ou qu’on soit d’un univers littéraire, social ou sexuel littéralement opposé au sien, on a une place dans ses réflexions sur ce qui constitue le sexe, le genre ou encore l’identité. Maggie Nelson s’interroge et dénonce en nous amenant à réfléchir nous aussi aux questions qu’elle pose et auxquelles elle n’a pas forcément la réponse.

Maggie Nelson a vécu une situation assez spéciale l’ayant amenée à ces interrogations: alors qu’elle était elle-même enceinte, et donc explorant un aspect de sa féminité qu’elle ne connaissait pas encore, son partenaire, homme trans, abandonnait son identité de femme pour devenir de plus en plus physiquement l’homme qu’il a toujours été. Elle s’est donc retrouvée à remettre en question son rapport à son propre corps ainsi qu’à celui de son mari, le tout dans une constante réflexion sur la place laissées aux femmes dans notre société occidentale.

A travers un cas particulier, l’autrice touche donc à l’universel et réfléchit à ce que cela veut dire d’être une femme, queer de surcroît, dans un monde qui dévalorise ces deux choses. Mais Les Argonautes, c’est également une histoire d’amour, de sentiments plus forts que le genre et les années. C’est touchant et ça travaille longtemps après la fin de la lecture.

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On en parle aussi chez Les Carnets de Bord, Télérama, Bonnes feuilles et mauvaises herbes et sur France culture.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Amatka, Karin Tidbeck

LGBT 2018 5 Amatka

De quoi ça parle?

Une fable politique, dans la lignée de 1984, sur le contrôle social, la peur du changement et la plus insensée des révolutions.

« Bienvenue à Amatka… où chacun joue un rôle, où le langage possède d’étranges propriétés et où rien – pas même la texture de la réalité – ne peut être garanti.»

Ainsi se présente Amatka, cette austère colonie antarctique aux ambiances post-soviétiques. Amatka, lieu interdit à la dissidence et aux sentiments, espace exigu où la liberté niche dans les recoins obscurs du langage, est une communauté heureuse mais totalement figée. Lorsque Vanja, une « assistante d’information », est envoyée en mission là-bas pour y collecter de l’intelligence à des fins gouvernementales, elle comprend rapidement que son séjour qu’elle prévoyait expéditif sera moins routinier qu’envisagé. Et pour cause, le point de bascule n’est jamais très loin dans cette colonie d’hiver, de sorte que Vanja sera amenée à enquêter parmi les ombres d’Amatka, celles qui revendiquent l’insurrection…

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Pourquoi on aime?

Les premières pages d’Amatka semblent arides. On se retrouve dans un univers inconnu, étrange, très spartiate et dans lequel il faut nommer les objets pour une raison qu’on ne connaît pas (encore). Puis peu à peu on s’habitue à cet univers et la réflexion peut naître.

L’auteur nous présente un monde égalitariste, chacun est traité de la même manière et a les mêmes chances de trouver du travail. Il n’y a pas de chômage. Ce n’est pas tout. L’amour est libre, sans contraintes. Pas de classes sociales non plus, pas de rejet, pas de pauvreté, tout le monde est à la même enseigne. Mais. parce qu’il y a un « mais ». Nous sommes dans une société semblant être sans plaisirs. Il y a des bibliothèques, quelques livres, mais qui rassemblent surtout le savoir. La poésie existe mais c’est tout. Pas de peinture, ni de sculpture, de romans ou de films. Peu de loisirs. La vie est « mécanique ». Pas de gastronomie non plus, toute la nourriture dérive des champignons qu’on cultive. Et on ne peut pas être bizarre, il faut respecter les règles. Dès lors, ce monde qui aurait pu être idéal ressemble de plus en plus à une prison étouffante.

Amatka propose ainsi un univers oppressant qui pose de bonnes questions et ose nous installer dans une zone de gris où les réponses ne sont pas si évidentes. C’est pour cela qu’on l’a autant apprécié.

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On en parle aussi chez Unwalkers, Charybde 27Des livres et les mots et sur la Noosfère.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Homo sapienne, Niviaq Korneliussen

lgbt 4 homo sapienne

De quoi ça parle?

Révélant une voix exceptionnelle, Homo sapienne suit la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Ils vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu’à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur «l’île de la colère», où les tabous lentement éclatent, chacune et chacun se déleste du poids de ses peurs.

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Pourquoi on aime?

On parle beaucoup d’Homo sapienne comme d’un roman permettant de découvrir la vie groenlandaise. C’est surtout une histoire à cinq voix qui résonne très fortement avec les préoccupations de la jeunesse mondiale, d’où qu’elle vienne. Soif de liberté, de découvertes et d’acceptation, besoin d’amour, de tendresse, de reconnaissance, tout est dans ce petit roman qui se paie en plus le luxe de traiter ouvertement et sans préjugés de diverses lettres de la communauté LGBTQIA.

Le style est vif, cru parfois, les avis des différents protagonistes se superposent et finissent par faire naître un récit qui touche et marque. Il y a beaucoup de mauvaise foi, de jugements, de rejet, de colère. Et d’ouverture d’esprit, de tolérance, de sagesse. C’est un condensé d’humanité. A noter qu’il y a des phrases ici et là en anglais sans traduction proposée, parce que les Groenlandais utilisent souvent cette langue. Cela ne nuit pas à la compréhension générale du récit mais ça peut s’avérer frustrant à la lecture pour ce qui ne connaissent pas l’anglais. Malgré cela, nous ne pouvons vous recommander assez ce petit livre.

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On en parle aussi chez Hop! Sous la couette, D’une berge à l’autre, Le castor littéraire et Bonnes feuilles et mauvaises herbes.

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journée lutte contre homophobie