Lisez-vous le belge – les éditeurs: 5. L’Employé du Moi avec Airpussy d’Ulli Lust

« Airpussy » d’Ulli Lust chez L’Employé du Moi

De quoi ça parle?

À la fin de l’hiver, la déesse s’extirpe des enfers pour venir à la rencontre de son amant. Telle la nature endormie revenant à la vie, ils célèbrent, ensemble dans un jeu amoureux, le début de ce nouveau cycle. Inspiré par les mythes antiques du mariage sacré entre les divinités, Airpussy est un récit tout aussi mutique que symbolique, qui s’en remet à tous nos sens. Dans cette transfiguration contemporaine, une Vénus 2.0 nous invite à l’accompagner dans une déambulation érotique à travers la ville. La recherche des sexualités — dans toutes leurs formes et leurs genres — lui permettra d’envisager ses fantasmes et de la hisser, peut-être, vers ce fameux septième ciel.

Cet ensemble allégorique, soutenu d’une belle bichromie, résolument séducteur et sensiblement provocant compose le premier livre d’Ulli Lust publié en Français. On retrouvera, d’ailleurs, dans les œuvres plus récentes de l’autrice autrichienne — Trop n’est pas assez et Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien aux Éditions Çà et là — les thématiques liées aux questions de la sexualité au féminin, la quête du plaisir, l’amour, le désir et la passion.

Pourquoi ce livre?

Alors, on préfère vous prévenir tout de suite, cette BD est très épicée et est donc à mettre dans des mains averties (nous n’aimons pas donner d’âge, ça dépend de la maturité et de la curiosité de chacun). « Airpussy » est une BD muette très drôle et coquine qui amusera beaucoup ceux qui la liront.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’Employé du Moi est une maison d’édition belge de BD au catalogue varié et étonnant. On peut notamment retrouver chez eux les BD de Charlie Forman dont ont été tirées les séries Netflix « The End of the Fucking World » et « I’m Not Okay With This » ou encore Memet, dont nous vous parlions dans les coups de coeur BD de cette série #LisezVousLeBelge.

Lisez-vous le belge – les BD: 5. Menses Ante Rosam d’Aurélie William Levaux

« Menses Ante Rosam » par Aurélie William Levaux chez La Cinquième Couche

De quoi ça parle?

Menses ante Rosam est le récit d’une genèse.
Les mois avant Rosa, Aurélie Levaux a vu son corps se transformer, son ventre se déformer, son homme désorienté. Elle nous fait part de sa joie, de ses pleurs, de ses doutes, des très riches heures d’une grossesse. 50 dessins et broderies sur tissus et sur papier nous livrent un peu du mystère de l’enfantement, 50 broderies et dessins raconteront à Rosa l’attente impatiente de sa venue au monde.

Pourquoi ce livre?

Visuellement impressionnante, cette BD raconte la grossesse et ses ambivalences mais aussi le rapport au père de l’enfant à venir, comment les liens se créent, comment l’enfant est perçu. La recherche graphique originale, les dessins avec broderies et les détails abondants accompagnent des moments, des réflexions qui font mouche. Très belle BD.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Aurélie William Levaux est de Liège et La Cinquième Couche, la maison d’édition, est bruxelloise.

Lisez-vous le belge – les BD: 4. Noire d’Emilie Plateau

« Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin » (d’après Tania de Montaigne) par Emilie Plateau chez Dargaud

De quoi ça parle?

Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix. Quittez le lieu qui est le vôtre, quittez le 21e siècle. Vous voici dans les années 1950 au sud des États-Unis, à Montgomery, en Alabama. Désormais, vous êtes Claudette Colvin, une jeune adolescente noire. Ici, noirs et blancs vivent dans la ségrégation. Ici, être noir c’est n’avoir aucun droit. Mais, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, qui n’a que 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche dans le bus. 9 mois avant Rosa Parks, elle devient la première noire à plaider non coupable et à poursuivre la ville en justice.

Et pourtant, son nom tombera dans l’oubli.

Voici son histoire…

Pourquoi ce livre?

« Noire » est un récit prenant à la mise en forme faussement simple et très originale qui parle d’un sujet aussi important qu’intéressant. J’avoue que je ne connaissais pas du tout le nom de Claudette Colvin et je suis contente (et frustrée) d’en savoir plus sur elle. Cette BD propose une réflexion intéressante sur les mécanismes de la rébellion et les choix « communicationnels » de la politique. Sujet toujours d’actualité, ainsi que, malheureusement, celui du racisme ambiant dont il est principalement question ici (n’oublions pas le mouvement #BlackLivesMatter, même si l’actualité est tournée vers d’autres sujets).

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Française d’origine, Emilie Plateau vit à Bruxelles depuis la fin de ses études.

Lisez-vous le belge – les BD: 2. Funky Town de Mathilde Van Gheluwe

« Funky Town » par Mathilde Van Gheluwe chez Atrabile

De quoi ça parle?

Funky Town se lit comme un conte moderne – et comme tous les contes, se prêtent à plusieurs niveaux de lecture – où l’on suit la jeune Lele, enfant solitaire et écrivain en herbe, qui chaque jour s’enfonce dans la forêt pour rendre visite à Baba Yaga la mystérieuse, et ramener alors une potion vitale à sa chère et imposante mère. Se faisant, elle traverse les rues de Funky Town, étonnante ville dont les habitants semblent voués à un hédonisme chaotique. Petit à petit, il apparaît que Lele pourrait vivre dans le plus complet des mensonges.

Pourquoi ce livre?

« Funky Town » est une BD qui se balade entre conte cruel et folklore référencé. Il y a de la magie, il y a de la crainte, il y a des figures féminines quasiment mythique, fortes, effrayantes, puissantes. Il y a surtout une histoire intrigante qu’on ne sait plus lâcher. Le tout dans un crayonné étonnant, différent, rempli de détails et très simple à la fois.

A noter que Mathilde Van Gheluwe aurait dû être un de nos bibliothécaires d’un soir mais le COVID est passé par là. Nous espérons avoir le plaisir de l’accueillir chez nous une fois que tout se sera calmé…

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’autrice, tout simplement, qui a d’ailleurs fait une BD très marquante sur l’affaire Dutroux vue du point de vue d’un enfant vivant l’avant/pendant/après qui m’a rappelé énormément de souvenirs vu que j’avais plus ou moins l’âge des protagonistes à la même époque. L’autrice a vraiment retranscrit l’ambiance qui m’a marquée.

Lisez-vous le belge – les BD: 1. La grande métamorphose de Théo de Marzena Sowa et Geoffrey Delinte

« La grande métamorphose de Théo » par Marzena Sowa et Geoffrey Delinte chez La Pastèque

De quoi ça parle?

​Alors que Théo se demande ce que cela ferait d’être un oiseau, le voilà qui se retrouve tout-à-coup métamorphosé en moineau. Et il n’est pas le seul : à l’école, il remarque qu’une fille, Louise, est devenue un moustique ; et qu’un garçon, Michel, s’est changé en lion. Les autres ne semblent pas s’apercevoir de leur nouvelle apparence, ni leurs professeurs ni leurs parents, mais eux peuvent désormais voir tous les gens qui ont subi la même transformation. De nouveaux liens d’amitié se créent, et ensemble, ils vont chercher à découvrir comment cette métamorphose est arrivée, et comment faire rentrer les choses dans l’ordre. Si toutefois cela est possible… 

Pourquoi le lire?

Parce qu’en ces temps, un peu de douceur, ça ne peut pas faire de mal. « La grande métamorphose de Théo » est une histoire toute tendre et adorable sans être pour autant niaise. Elle aborde des sujets sérieux via l’angle fantastique et plaira autant aux plus jeunes qu’aux adultes qui pourront y trouver une dimension supplémentaire qui leur fera lire cette histoire différemment.

Et puis on adore tous Geoffrey, donc on peut la lire aussi juste pour lui. 😉

A noter que cette BD est sélectionnée pour différents prix: la Petite Fureur (bien belge), le prix des libraires du Québec ainsi que le prix des écoles pour le festival d’Angoulême.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

La Pastèque est peut-être un éditeur canadien, Geoffrey Delinte n’en est pas moins un auteur bien de chez nous et Marzena Sowa, d’origine polonaise, a vécu jusqu’à très récemment en Belgique.

Rencontre dessinée: Stéphanie Rubini

Stéphanie Rubini rencontre

 

Stéphanie Rubini a collaboré à une série de BD pour adolescents scénarisée par Charlotte Bousquet et publiées par Gulfstream. Ces BD parlent de diverses problématiques sociétales touchant les adolescents et ont beaucoup plu à nos jeunes et moins jeunes lecteurs. Stéphanie Rubini viendra parler de ses BD, des sujets qu’elles abordent et fera quelques dédicaces ensuite mercredi 11 juillet à 14h au Centre de Lecture. Le tout sera accompagné de petites douceurs à boire et manger. Ouvert à tous, surtout pour les 10-16 ans. Gratuit. Si vous souhaitez faire dédicacer une BD, des exemplaires seront disponibles à la vente pour 15€. Merci de nous dire s’il faut vous en réserver un (nombre d’exemplaires limité selon les réservations).

 

Stéphanie Rubini 01

Aurélie Defferrard, star de notre Centre de Lecture avec sa première BD!

Aurélie Defferrard, une des participantes à notre atelier BD, publie sa première BD. Le lancement de celle-ci aura lieu samedi 2 septembre 2017 au Centre de Lecture publique de Mont-de-l’Enclus de 11h à 14h. On en parle sur Vivacité, Notélé et ici, le Courrier de l’Escaut consacre une page entière à la chose:

Aurélie article Courrier Escaut 30 08 2017 plus net

Semaine de l’horreur: les images qui effraient

Semaine de l'horreur journée BD

On croit, à tort, qu’il n’est pas possible d’avoir peur en lisant une BD. L’œil en verrait trop pour que la surprise puisse survenir et nous effrayer. C’est mal connaître la production BD actuelle, qui a plus à offrir du côté horrifique qu’on ne pourrait l’imaginer. Voici trois BD horrifiques totalement différentes mais toutes glaçantes.

Joe Hill, prodigieux « fils de » sur le point de dépasser son père, le « King » du genre, touche autant au roman qu’aux comics. Il nous livre, en (bonne) compagnie de Gabriel Rodriguez et de ses dessins aigus et pénétrants, une œuvre déjà devenue culte dans le milieu avec la série des « Locke & Key » (en 6 tomes). Une famille endeuillée suite au meurtre du père par deux de ses étudiants part vivre dans la maison d’enfance du défunt. Alors que la mère sombre dans l’alcool, ses trois enfants sont livrés à eux-mêmes et explorent l’étrange demeure. Ils y découvrent des clés aux étranges pouvoirs. Et vont rentrer dans un piège dangereux qui les dépasse et les menace…

Emily Carroll, jeune auteur canadienne, a reçu de nombreux prix prestigieux pour « Dans les bois », recueil de contes horrifiques qui s’empare du médium pour exploiter au maximum son potentiel effrayant. La mise en scène de ses histoires arrivera à créer aussi bien malaise que surprise soudaine devant une scène qu’on n’attendait pas. Nous y suivront un enfant témoignant de la possession d’un adulte de son entourage ou encore des jeunes filles qui disparaissent dans les bois…

La dernière BD n’est pas à proprement parler une histoire d’horreur. La tendresse et la délicatesse qui s’en dégagent ont tendance à la faire sortir de ce genre. Mais ce serait oublier le côté de plus en plus glauque d’un récit parlant d’un jeune homme qui ira vendre les chats de son oncle ayant dévoré ce dernier après son décès à un étrange collectionneur fasciné par les objets liés à des morts et meurtres.  le « Murderabilia » d’Alvaro Ortiz est une histoire déstabilisante et attachante à la fois, qui témoigne de la complexité de notre rapport à la mort.

L’horreur en BD est une expérience différente de celle en livre ou en film et ce serait dommage de passer à côté de quelques frissons de qualité parce qu’on croit le genre non adapté à cette forme d’art…

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Coups de cœur « arc-en-ciel » 2017 des bibliothécaires : Nimona, Noelle Stevenson

Nimona

Tout commence sur le ton de la plaisanterie. Nous sommes dans un univers à la fois médiéval et futuriste. Une (très) jeune fille, Nimona, frappe à la porte du célèbre Super Vilain Ballister Blackheart pour lui proposer d’être son assistante. L’homme lui rit au nez jusqu’à ce qu’elle lui montre de quoi elle est capable. Et c’est qu’elle en a des pouvoirs, Nimona. Elle force sa place auprès de Blackheart et se montre plus fougueuse et vindicative que le « méchant » qui, au fil des pages, se révèle être beaucoup moins Super Vilain qu’on aurait pu le penser. Et là où une comédie assez manichéenne semblait s’esquisser, c’est un drame fantastico-politique de plus en plus sombre qui commence à se construire discrètement sous nos yeux.

Nimona est mon plus gros coup de cœur BD de 2016. Noelle Stevenson a réussi un mélange de genres admirable. Elle nous offre un personnage principal fort qui va au-delà de la caricature féminine des récits de fantasy. Nimona est hargneuse, pleine de failles et porteuse d’un passé lourd qui aura une influence importante sur le récit. Elle est attachante et effrayante à la fois et ça fait du bien de voir une histoire tourner autour d’une héroïne douteuse mais qui n’a pas été écrite pour être « méchante » ou détestable pour autant et, surtout, qui s’enrichit au fil des pages tout en n’effaçant pas pour autant des personnages secondaires eux aussi plein de surprises. On ferme ce one shot triste de devoir quitter Nimona, Lord Blackheart et Sire Goldenloin mais heureux d’avoir vécu de telles montagnes russes émotionnelles et scénaristiques.

Noelle Stevenson est une auteur  à suivre, Nimona est son premier roman graphique en solo (elle a collaboré au délicieux Lumberjanes dont nous reparlerons brièvement cet après-midi) et elle a déjà reçu pléthore de prix impressionnants, dont le prix Eisner du meilleur recueil pour Nimona.

On en parle aussi sur 9ème art, Comixtrip, La Mouche qui Louche et L’imaginarium électrique (Youtube).

journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2017 des bibliothécaires : Écumes, Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Ecumes Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Les problèmes de fertilité semblent être un des étranges tabous de notre époque. Les femmes qui n’arrivent pas à tomber enceinte ou à garder l’enfant dont elles rêvent assez longtemps pour lui donner naissance sont de plus en plus nombreuses et, pourtant, ce problème est (très) rarement évoqué. Ingrid Chabbert ose aborder le sujet dans une BD très personnelle racontant la lutte de l’héroïne pour tomber enceinte, aidée et soutenue à tout instant par sa merveilleuse compagne. Il y a les tentatives ratées, les départs pour l’hôpital avec le sang qui coule et efface l’espoir, les nouveaux rêves qui se forment, sur la pointe des pieds, parce qu’on n’ose plus trop y croire et qu’on voudrait pouvoir le faire plus que tout en même temps. Il y a la vie, la mort, la douleur, la lutte, la dépression, le courage et l’amour. Il y a beaucoup de tendresse autour de toute la tristesse. Il y a le récit pudique mais précis et les dessins tendres, doux, qui disent sans forcément nous jeter l’horreur sous les yeux.

Conseiller Écumes est dès lors difficile et facile à la fois. Il ne parlera pas à tout le monde, de par son sujet spécifique, mais il pourra aider de nombreux lecteurs soit à comprendre le problème, soit à réaliser qu’ils ne sont pas seuls à traverser ce genre d’épreuve. Et c’est important.

Pour creuser, un avis sur cette BD sur Au milieu des livres.

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