Les livres qui dérangent: « Ne suis-je pas une femme? », Bell Hooks

collection Ne suis-je pas une femme Bell Hooks

De quoi ça parle?

« Ne suis-je pas une femme ? », telle est la question que Sojourner Truth, ancienne esclave, abolitionniste noire des États-Unis, posa en 1851 lors d’un discours célèbre, interpellant féministes et abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race, de sexe. Héritière de ce geste, Bell Hooks décrit dans ce livre devenu un classique les processus de marginalisation des femmes noires et met en critique les féminismes blancs et leur difficulté à prendre en compte les oppressions croisées. Un livre majeur du « black feminism » enfin traduit plus de trente ans après sa parution ; un outil nécessaire pour tous à l’heure où, en France, une nouvelle génération d’afro-féministes prend la parole.

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Pourquoi ça dérange?

Depuis l’affaire Harvey Weinstein et le #MeToo, le débat féministe a enfin pris le devant de la scène. Néanmoins, il reste très « blanc ». En effet, de nombreuses femmes dénoncent le manque d’intersectionnalité (le fait de combiner, par exemple, le féminisme avec d’autres luttes comme celle contre le racisme, la transphobie ou l’homophobie) dans celui-ci et sont, la plupart du temps, juste ignorées. Or, qui veut égalité pour tous ne parle pas juste des hommes et femmes blancs mais de chaque être humain, en toute logique. Il est donc temps de s’intéresser un peu plus à ce que les femmes de couleur, entre autres, ont a dire du féminisme. Or, Bell Hooks est une des figures représentatives de celles-ci et Ne suis-je pas une femme? reste un classique du genre, qui a malheureusement mis (très) longtemps à être traduit (merci aux éditions Cambourakis est à leur très bonne collection « Sorcières » pour cela).

Cet essai explore la question du « black feminism » en débutant par un long chapitre indispensable et horrible sur l’esclavage. Bell Hooks rappelle – ou nous apprend – les atrocités commises envers les femmes lors de cet honteux chapitre de l’histoire de l’humanité (qui n’est pas vraiment refermé, quoi qu’on en dise). Elle s’intéresse ensuite au traitement des femmes noires dans l’Amérique du XXe siècle et pose de nombreuses questions nécessaires. Elle nous pousse à réfléchir et à voir plus loin dans la lutte pour l’égalité. Ce qui nous oblige à remettre en cause ce que nous savons du féminisme et à voir plus loin que notre propre expérience. Chose primordiale si l’on veut enfin cesser de penser qu’il n’y a qu’une façon d’être femme, qu’une forme d’oppression et qu’une solution à présenter à celle-ci. Salutaire.

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Coups de coeur « arc-en-ciel » des bibliothécaires: Peau : A propos de sexe, de classe et de littérature, Dorothy Allison

Peau Dorothy Allison Cambourakis

Quittons les histoires pour nous intéresser à un essai aujourd’hui, ou plutôt à une collection d’articles de l’auteur féministe et lesbienne Dorothy Allison. Dans cette vingtaine de textes tournant autour de la question de la classe sociale, de l’orientation sexuelle, du genre et de l’écriture, elle questionne son rapport au monde et le nôtre par la même occasion.

J’ai débuté cet essai sans grande conviction et j’ai été agréablement surprise par la facilité de lecture et l’attrait de la différence de ton des articles qui se succèdent mais ne se ressemblent pas. Alors que le féminisme est un mot qui fait encore peur à beaucoup de gens (j’avoue que je ne comprendrai jamais pourquoi), Dorothy Allison s’attèle à des questions difficiles dans cette problématique globale en la dépassant pour réfléchir aux rapports de classe, entre autres. Issue d’un milieu très pauvre, elle nous parle de la perception qu’elle a eu de sa légitimité dans notre société, de la manière dont les classes « supérieures » imposent leur vision du monde aux autres et de la dignité de manière générale. Comme elle nous le dit: « […] je sais que souffrir ne rend pas noble. Cela détruit. » (p. 44). Mais surtout, Dorothy Allison nous amène à réfléchir et à percevoir différemment le monde en nous aidant à le comprendre tel qu’elle le voit elle-même.

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