Semaine « Petits éditeurs » – Une république lumineuse d’Andrés Barba chez Christian Bourgois

LOGO Christian Bourgois - Une république lumineuse Andrés Barba

Nous commençons cette semaine avec les éditions Christian Bourgois. Fondée en 1966 sous l’égide de Presses de la Cité, cette maison deviendra indépendante en 1992 et se tournera principalement vers la littérature étrangère, nous proposant des auteurs comme la nobélisée Toni Morrison, l’immense J.R.R. Tolkien, notre chouchou Laura Kasischke ou encore l’inénarrable Witold Gombrowicz. Chez Christian Bourgois, nous voulons vous conseiller aujourd’hui « Une république lumineuse » d’Andrés Barba.

 

De quoi ça parle?

Jungle au vert intense, fleuve boueux et langueur tropicale : nous sommes dans la ville de San Cristobál en 1993. Là, le pittoresque côtoie la noirceur, comme le découvre notre narrateur : jeune fonctionnaire aux affaires sociales, il doit y mettre en place un programme d’intégration des communautés indigènes de la région. Très vite, la torpeur locale est perturbée par l’arrivée d’enfants, inconnus et presque sauvages, qui pillent les rues. Mais d’où sortent tous ces enfants ? Quelle est cette langue qu’ils parlent et qui n’appartient qu’à eux ? D’abord étonnante et vaguement inquiétante, leur présence aura des conséquences tragiques. Vingt ans plus tard, l’ancien fonctionnaire se souvient et revient sur la succession d’événements ayant conduit au drame.

Dans une échappée à l’ordre établi par les adultes, Andrés Barba nous invite à redéfinir notre idée même de l’enfance avec cette grande fable qui nous hantera longtemps.

 

Pourquoi ce livre?

Je ne sais pas vous mais en ce qui me concerne, le sujet de ce livre ne me tentait pas, là où sa couverture mystérieuse m’a, elle, tout de suite fait de l’œil. Je ne pensais pas que j’allais pouvoir autant aimer ce roman en le commençant, ni que ce sujet pourrait être si fascinant.

Andrés Barba nous raconte à coup de flash-back un étrange drame qui donne l’impression de flirter avec le fantastique quand tout reste toujours on ne peut plus plausible. Il y a de l’urgence, du dérangeant et de l’obsédant dans ce roman. Le narrateur, en plongeant dans ses souvenirs, nous emmène dans un quotidien de plus en plus bizarre. Il nous parle d’un problème on ne peut plus social, mais en le nimbant d’une ambiance entre fable et conte horrifique qui le rend encore plus saisissant.

Je ne saurais expliquer ce qui, dans le style pourtant épuré et sans fioritures de Barbas, a réussi à faire naître en moi le besoin saisissant de finir d’une traite cette histoire noire, très noire, qui nous parle d’enfants connaissant tout sauf la fameuse innocence qu’on leur prête. C’est sombre, c’est intense, c’est perturbant et ça reste, longtemps. A découvrir.

On en parle aussi sur Evadez-moi, sur Culture au poing, sur Lu par Ju et sur Voyages au fil des pages.