Coups de cœur « arc-en-ciel » 2021 des bibliothécaires : « Tout ce qui reste de nous », Rosemary Valero-O’Connell

« Tout ce qui reste de nous », Rosemary Valero-O’Connell, Dargaud

De quoi ça parle?

Trois histoires de science-fiction ou de « speculative fiction » qui racontent la perte, le sentiment de fin, l’importance des souvenirs, dans des mondes crépusculaires ou en danger de mort. Voyage dans une autre dimension, accident d’un vaisseau spatial, fable sur la fin d’un monde, ces récits particulièrement émouvants proposent une approche spirituelle des questionnements actuels sur le progrès et la fin du monde, et les conséquences sur nos sentiments.

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Pourquoi ce livre?

Les superbes dessins de Rosemary Valero-O’Connell m’avaient déjà séduite dans le très bon « Mes ruptures avec Laura Dean » (on vous en reparle samedi), ici c’est encore plus la capacité de l’autrice à nous raconter des histoires d’une beauté mélancolique et glauque qui m’a complètement emportée. Nous retrouvons trois récits sur la mémoire, l’amour, l’oubli, ce dans des univers qui voguent entre science-fiction et fantastique. C’est doux, c’est tendre, c’est triste. C’est beau.

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On en parle aussi chez Sens Critique (avis de BlueX), chez Le Suricate et sur Ligne claire.

Lisez-vous le belge – les BD: 4. Noire d’Emilie Plateau

« Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin » (d’après Tania de Montaigne) par Emilie Plateau chez Dargaud

De quoi ça parle?

Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix. Quittez le lieu qui est le vôtre, quittez le 21e siècle. Vous voici dans les années 1950 au sud des États-Unis, à Montgomery, en Alabama. Désormais, vous êtes Claudette Colvin, une jeune adolescente noire. Ici, noirs et blancs vivent dans la ségrégation. Ici, être noir c’est n’avoir aucun droit. Mais, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, qui n’a que 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche dans le bus. 9 mois avant Rosa Parks, elle devient la première noire à plaider non coupable et à poursuivre la ville en justice.

Et pourtant, son nom tombera dans l’oubli.

Voici son histoire…

Pourquoi ce livre?

« Noire » est un récit prenant à la mise en forme faussement simple et très originale qui parle d’un sujet aussi important qu’intéressant. J’avoue que je ne connaissais pas du tout le nom de Claudette Colvin et je suis contente (et frustrée) d’en savoir plus sur elle. Cette BD propose une réflexion intéressante sur les mécanismes de la rébellion et les choix « communicationnels » de la politique. Sujet toujours d’actualité, ainsi que, malheureusement, celui du racisme ambiant dont il est principalement question ici (n’oublions pas le mouvement #BlackLivesMatter, même si l’actualité est tournée vers d’autres sujets).

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Française d’origine, Emilie Plateau vit à Bruxelles depuis la fin de ses études.

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2017 des bibliothécaires : Nimona, Noelle Stevenson

Nimona

Tout commence sur le ton de la plaisanterie. Nous sommes dans un univers à la fois médiéval et futuriste. Une (très) jeune fille, Nimona, frappe à la porte du célèbre Super Vilain Ballister Blackheart pour lui proposer d’être son assistante. L’homme lui rit au nez jusqu’à ce qu’elle lui montre de quoi elle est capable. Et c’est qu’elle en a des pouvoirs, Nimona. Elle force sa place auprès de Blackheart et se montre plus fougueuse et vindicative que le « méchant » qui, au fil des pages, se révèle être beaucoup moins Super Vilain qu’on aurait pu le penser. Et là où une comédie assez manichéenne semblait s’esquisser, c’est un drame fantastico-politique de plus en plus sombre qui commence à se construire discrètement sous nos yeux.

Nimona est mon plus gros coup de cœur BD de 2016. Noelle Stevenson a réussi un mélange de genres admirable. Elle nous offre un personnage principal fort qui va au-delà de la caricature féminine des récits de fantasy. Nimona est hargneuse, pleine de failles et porteuse d’un passé lourd qui aura une influence importante sur le récit. Elle est attachante et effrayante à la fois et ça fait du bien de voir une histoire tourner autour d’une héroïne douteuse mais qui n’a pas été écrite pour être « méchante » ou détestable pour autant et, surtout, qui s’enrichit au fil des pages tout en n’effaçant pas pour autant des personnages secondaires eux aussi plein de surprises. On ferme ce one shot triste de devoir quitter Nimona, Lord Blackheart et Sire Goldenloin mais heureux d’avoir vécu de telles montagnes russes émotionnelles et scénaristiques.

Noelle Stevenson est une auteur  à suivre, Nimona est son premier roman graphique en solo (elle a collaboré au délicieux Lumberjanes dont nous reparlerons brièvement cet après-midi) et elle a déjà reçu pléthore de prix impressionnants, dont le prix Eisner du meilleur recueil pour Nimona.

On en parle aussi sur 9ème art, Comixtrip, La Mouche qui Louche et L’imaginarium électrique (Youtube).

journée lutte contre homophobie