Coups de cœur « arc-en-ciel » 2020 des bibliothécaires : « Son corps et autres célébrations », Carmen Maria Machado

Son corps et autres

De quoi ça parle?

Une femme porte en permanence un ruban vert autour du cou et refuse que son mari le touche, quelle que soit la situation.

Une autre fait l’« inventaire » de ses amant(e)s tandis qu’autour d’elle, un fléau plonge les États-Unis dans l’angoisse.

Une autre encore fait une curieuse découverte dans une boutique de robes de bal : les objets familiers et usuels recèlent peut-être une vérité terrifiante…

Les nouvelles de Carmen Maria Machado ne sont d’aucun genre : tour à tour fantastiques, fantaisistes ou proches de la science-fiction, elles préfèrent le trouble à la certitude, l’ombre à la clarté, l’inventivité au classicisme. Elles partagent cependant une ambition commune : dire la réalité de l’expérience des femmes et la violence qui s’exerce sur leurs corps.

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Pourquoi on aime?

Autant le dire tout de suite, ce livre a été un énorme (ÉNORME) coup de cœur pour Sophie, certainement sa lecture préférée de 2019. Pourquoi? Pour tellement de raisons. Mais principalement pour l’originalité de l’écriture de Carmen Maria Machado. Écrire des histoires courtes est un exercice difficile, et les recueils de nouvelles sont souvent de drôles d’objets livresques inégaux et frustrants. Mais ici, il n’y a que des perles dans ce recueil hétéroclite mais fascinant. On y croise de nombreux genres, des problématiques diverses, des exercices de style étonnants, des personnages tellement bien créés qu’ils restent avec nous et des histoires marquantes, qui finissent par nous habiter. Difficile de choisir un morceau préféré tellement chaque récit est capable de venir résonner avec un vécu très personnel différent pour chacun.

Mais que vous dire alors pour vous convaincre de lire ce livre? Qu’il marque la naissance d’une autrice remarquable, qui a des choses à dire et qu’il les dit avec tellement de grâce et de cruauté que ses mots font autant de mal que de bien. Carmen Maria Machado a su traduire l’expérience de la féminité, du rapport à l’autre, de l’acceptation de soi et de la recherche du sens avec des mots justes, précis et si poétiques. On vous demande de nous faire confiance sur ce coup-là et de tenter ce magnifique et étrange livre qu’est « Son corps et autres célébrations ». Une merveille. Et encore plus.

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On en parle aussi chez Le dévorateur, chez Les lectures du mouton et à la Salle 101.

Les livres qui dérangent: « Faut-il manger les animaux? », Jonathan Safran Foer

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De quoi ça parle?

Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons ? Convoquant souvenirs d’enfance et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer se lance dans une vaste enquête. Entre une expédition dans un abattoir et une recherche sur les dangers du lisier de porc, l’auteur explore tous les degrés de l’abomination contemporaine. Un livre choquant, drôle et inattendu qui a déjà suscité passions et polémiques.

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Pourquoi ça dérange?

Alors qu’il allait devenir père, Jonathan Safran Foer a voulu comprendre d’où venait ce qu’il mangeait pour ne pas donner n’importe quoi à son futur enfant. Il a fait des recherches sur les conditions d’élevage et d’exécution des animaux et poissons qui deviendront notre nourriture. Ce qu’il a découvert est assez horrifiant et, malheureusement, plutôt courant (aussi dans qu’en dehors des USA). Ce genre d’enquête ayant pour but de témoigner plus que d’exprimer une opinion ne devrait pas déranger idéalement. Néanmoins, elle touche à un point sensible: notre volonté de fermer les yeux sur certaines pratiques pour continuer à jouir de ce que nous aimons « en paix ».

En effet, ce livre pose la question de savoir comment sont traités les êtres vivants que nous consommons et donne des réponses concrètes, terrifiantes et dérangeantes à celle-ci. « Faut-il manger les animaux? » fait mal mais est nécessaire. Parce que la manière dont nous sommes complètement déconnectés de ce que nous mangeons n’est pas saine et entraîne le cautionnement indirect de traitements horribles. Et c’est peut-être en cela que cet essai est dérangeant, il nous oblige à regarder en face une vérité perturbante que l’on préfère ignorer pour continuer à consommer régulièrement de la viande à bas prix selon nos envies et pour notre bon plaisir.

Jonathan Safran Foer n’a pas pour but avec ce livre de faire de ses lecteurs des végétariens, il leur laisse le choix. Mais il demande à ce que nous réfléchissions à la provenance de la viande qui est dans nos assiettes et que nous nous demandions s’il n’y a pas moyen de manger plus éthiquement.

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