Lisez-vous le belge – la poésie: 3. Le jour coude-à-coude de Colette Nys-Mazure et illustré par Camille Nicolle

Le jour coude-à-coude de Colette Nys-Mazure et illustré par Camille Nicolle chez Esperluète

De quoi ça parle?

 J’ai passionnément requis un refuge, un antre, un abri où façonner ces poèmes, les lier, les relier. Je voulais me dérober aux rais de l’immédiat, m’éclipser, ignorer le chantier voisin, l’irruption du téléphone, les visites impromptues.

L’aube arrive. Pour l’écrivaine, elle est féconde. Elle se retire de l’agitation naissante, fait un pas de côté pour mieux observer le monde qui l’entoure, avant d’y revenir, alerte, à l’écoute et disponible.
Colette Nys-Mazure évoque l’excitation du nouveau projet qui prend aux tripes, mais aussi l’angoisse de l’écriture, le saut dans le vide, et surtout la nécessaire confiance dans le processus journalier.

À partir de quand cesse-t-on de regarder vers l’avenir et regarde-t-on les souvenirs, le passé ? quelle place trouver dans le tumulte du monde ? quel juste endroit pour le poète ?

Colette Nys livre ici des poèmes simples, généreux, d’une écriture à fleur de peau ; de courts textes autobiographiques emmènent le lecteur vers un territoire commun. Elle met en mots ce qui la fait vibrer, lui donne envie de s’éveiller chaque matin; ce qui l’inquiète, la nuit tombée. Elle parle de l’âge, des amis proches en allés, de l’absence et du souvenir. Mais aussi de la vie qui jaillit, du jour qui nous hèle chaque matin les uns près des autres, coude-à-coude.

Camille Nicolle accompagne le texte de ses formes en aplats qui font émerger la lumière. Un cheminement progresse dans le livre sous forme de rais de lumière tantôt phares tantôt lucioles, qui accompagnent, devancent ou attendent les mots.

Pourquoi ce livre?

Recueil touchant et émouvant habité par le deuil et une certaine mélancolie latente, « Le jour coude-à-coude » invite à réfléchir à la perte et à la reconstruction. Le tout est délicatement illustré par Camille Nicolle qui a su accompagner la douceur de ce que nous raconte ici Colette Nys-Mazure.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

A peu près tout, de l’autrice et de l’illustratrice à l’éditeur en passant même par l’imprimeur. On aimerait bien estampiller ce livre 100% belge.

Lisez-vous le belge – les éditeurs: Esperluète avec Je ne suis pas un oiseau d’Anne Herbauts

« Je ne suis pas un oiseau », d’Anne Herbauts chez Esperluète

De quoi ça parle?

Entre écriture poétique et recherches graphiques, Je ne suis pas un oiseau aborde la question du sens des mots et de la représentation de la migration, et, plus largement, du déracinement, de la dignité, du fatum, de la destinée imposée par les catastrophes et les guerres. Bien que le sujet soit ancré dans l’actualité, Anne Herbauts lui donne un sens très large, et non connoté ou lié à des évènements précis.

Le livre porte la question du sens, du regard et de la définition que l’on pose sur la migration, par ce refrain, presqu’une comptine :

je ne suis pas un oiseau,

qui devient, par sa répétition et sa simplicité, un cri. Le jeu des images recomposées, décomposées et mises face au texte qui semble anodin, vient décaler la lecture du texte et amener plusieurs sens et strates d’écriture.

L’auteur fait entrer en résonance des références à l’image et à la représentation à travers l’Art dans l’Histoire. La lecture devient dense, multiple. On ne peut résumer le monde, l’humanité et ses mouvements, simplement. Elle met en lumière, par son écriture entre texte et image, le pouvoir des mots, du sens et du jugement par lequel un mot peut enfermer.

Une forme poétique sobre, presque une chanson, permet à Anne Herbauts d’aborder avec recul, entre chanson et tristesse, le sujet grave de la migration.

Pourquoi ce livre?

La description de l’éditeur est déjà très complète. Nous adorons Anne Herbauts à la bibliothèque et nous voulions mettre celui-ci particulièrement en avant parce qu’il est malheureusement d’actualité, très pertinent, très perturbant aussi. Et, s’il vous plaît, laissez les enfants le lire, ils ont eux aussi besoin d’être perturbés et sont beaucoup plus réceptifs et demandeurs de ce genre de récits que leurs parents ne s’imaginent.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Esperluète est une très jolie maison d’édition belge. Voici la belle définition qu’elle donne de son nom sur son site:

Ce &/et est un lien, un trait d’union,
un point de rencontre ou de départ…

Esperluète est une maison d’édition placée sous le signe typographique de la rencontre.

Nous aimons beaucoup les rencontres inattendues que cet éditeur provoque et nous fait vivre.