Les livres qui dérangent: « Amour Monstre », Katherine Dunn

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De quoi ça parle?

La joyeuse famille Binewski est tout sauf banale. Ivres d’amour et nourrissant de grands projets pour leur spectacle itinérant, Al et Lil décident d’engendrer à coup d’amphétamines et de radiations la plus belle brochette de phénomènes de foire au monde. Alors, bienvenue chez les monstres : il y a Arturo l’Aquaboy, doté de nageoires et d’une ambition digne de Genghis Khan ; Iphy et Elly, sœurs siamoises et musiciennes talentueuses ; Oly, naine bossue et albinos. Seul détonne l’étonnamment normal Chick… jusqu’à ce qu’il révèle des qualités bien particulières. Pour autant, cette famille est habitée de passions bien humaines, et une terrible rivalité entre frères et sœurs ne tarde pas à menacer le bonheur des Binewski.

Amour monstre,  œuvre unique et fascinante, interroge les notions de monstruosité et de normalité, de beauté et de laideur, de sacré et d’obscène. Avec ce roman culte aux États-Unis, Katherine Dunn brise tous les tabous pour refaire le monde et nous parler d’amour. 

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Pourquoi ça dérange?

Alors que passe au cinéma le très consensuel (et historiquement mensonger) The Greatest Showman, nous vous invitons à découvrir un livre culte qui traite également des freaks et autres laissés-pour-compte de la société. Néanmoins, loin d’être une histoire « émouvante pour faire pleurer dans les chaumières », Amour Monstre nous pousse dans nos retranchements en nous faisant découvrir une famille qui recherche la déformation.

En effet, les parents de la narratrice, qui nous racontera l’histoire de cette famille atypique, ont provoqué les malformations étranges de leurs enfants, l’une étant naine, l’autre ressemblant à un poisson, les jumelles étant siamoises. Seul le dernier n’a pas de spécificité. Tout du moins c’est ce que pense la famille, jusqu’à ce que sa particularité bien étrange se dévoile.

Amour Monstre nous pousse à réfléchir à la notion de normalité mais va plus loin aussi, en nous confrontant à divers éléments perturbants, allant de l’inceste à l’apotemnophilie. On s’attache à cette famille atypique et on commence à comprendre le pourquoi du rejet de la normalité qui la caractérise…

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Semaine de l’horreur : grands frissons chez les petits éditeurs

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Quand on parle de l’horreur, on évoque (trop) souvent les grands noms publiés la plupart du temps chez des monstres de l’édition, comme Stephen King, Anne Rice, Peter Straub, Dean Koontz, Graham Masterton, Thomas Harris, Joe Hill, R. L. Stine ou encore Dan Simmons. Ces auteurs ont tendance à éclipser ceux moins connus qui pourtant écrivent des romans parfois autrement plus glaçants. Mettons en avant ces livres dont on parle moins mais qui m’ont plus marquée que ceux des écrivains précités.

« Amour monstre » de Katherine Dunn est un de ces romans cultes dans un autre pays/ dans une autre langue mais étrangement à peine connus chez nous. Il s’intéresse surtout aux questions de la normalité, de l’amour et de la famille mais son ambiance bizarre, ses particularités glauques et son final terrible lui permettent de rentrer dans le genre auquel nous nous intéressons cette semaine selon moi. Katherine Dunn nous fait ici découvrir les Binewski, dont les enfants ont été conçus dans l’espoir qu’ils naîtraient « différents », afin d’ajouter de nouveaux numéros à leur cirque de monstruosités. Et c’est réussi. L’un est un « tronc » doté de nageoires, d’autres sont des siamoises à deux têtes et deux troncs mais un bassin et une paire de jambes, une autre est une naine albinos. Seul le cadet semble normal. Jusqu’à ce que sa « particularité » se manifeste alors que ses parents sont sur le point de l’abandonner…

« Notre Château » d’Emmanuel Régniez s’inscrit dans la tradition du roman gothique. Il nous fait partager le quotidien d’un frère et d’une sœur vivant reclus dans une grande demeure qu’ils appellent affectueusement « Notre Château ». Seul le frère en sort une fois par semaine pour se rendre dans une librairie. Lors d’une de ces sorties, quelque chose le troublera: il voit sa sœur dans un bus au loin. Mais l’intéressée nie les faits quand, rentré chez eux, il l’accuse d’être sortie. Et c’est ainsi que le doute s’insinue en lui et commence à contaminer le bonheur qui était celui de cette famille atypique jusqu’à présent…

« Les machines à désir infernales du Docteur Hoffman » d’Angela Carter est une histoire hallucinante parlant d’une machine bizarre qui redessine une ville en lui superposant des fantasmagories troublantes. Les frontières entre le réel et l’imaginaire s’effacent peu à peu et amènent les gens à assouvir leurs instincts les plus primaires… Encore une fois, ce livre n’est pas à proprement parlé de l’horreur mais son ambiance et son étrangeté me donnent envie de le classer également dans ce genre.

A noter que les petits éditeurs osent plus souvent publier des œuvres hybrides (on l’a vu ci-dessus) qui deviennent riches de leurs mélanges et testent différemment les frontières des genres auxquelles elles se rattachent. Or l’horreur grandit souvent de sa rencontre avec d’autres types de récits ou d’autres rythmes. On ne pourra qu’admirer la volonté de ces éditeurs de vouloir s’inscrire dans une autre manière de définir ce qui est effrayant…

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