Semaine « petits éditeurs » – Ténèbre de Paul Kawczak chez La Peuplade

LOGO La Peuplade - Ténèbre Paul Kawaczak

La Peuplade est une maison d’édition québécoise fondée en 2006 qui, depuis quelques années, a commencé à faire parler d’elle de notre côté de l’océan et qui, petit à petit, s’impose comme un des noms à suivre dans l’édition, vu sa popularité grandissante sur les réseaux sociaux. Elle nous a offert le superbe « Homo Sapienne » dont nous vous parlions ici il y a deux ans et aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un roman qui parle de la Belgique et, surtout, du Congo, « Ténèbre » de Paul Kawczak.

 

De quoi ça parle?

Un matin de septembre 1890, un géomètre belge, mandaté par son Roi pour démanteler l’Afrique, quitte Léopoldville vers le Nord. Avec l’autorité des étoiles et quelques instruments savants, Pierre Claes a pour mission de matérialiser, à même les terres sauvages, le tracé exact de ce que l’Europe nomme alors le « progrès ». À bord du Fleur de Bruges, glissant sur le fleuve Congo, l’accompagnent des travailleurs bantous et Xi Xiao, un maître tatoueur chinois, bourreau spécialisé dans l’art de la découpe humaine. Celui-ci décèle l’avenir en toute chose : Xi Xiao sait quelle œuvre d’abomination est la colonisation, et il sait qu’il aimera le géomètre d’amour. Ténèbre est l’histoire d’une mutilation.

Kawczak présente un incroyable roman d’aventure traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique, qui du Nord de l’Europe au cœur de l’Afrique coule comme une larme de sang sur la face de l’Histoire.

 

Pourquoi ce livre?

« Ténèbre » commence par deux pages coup de poing que j’ai tout de suite adorées malgré leur côté très sombre. C’est que Paul Kwaczak arrive à nous raconter avec des mots superbes des choses horribles, en rendant ainsi son histoire intoxicante.

L’objet du roman (entre autres) est l’horreur de la colonisation du Congo par la Belgique (sujet on ne peut plus d’actualité). Nous allons suivre ici un géographe de Léopold II qui va découvrir le pays, les atrocités commises envers ses habitants et, accessoirement, l’amour étrange et déroutant sous les coups incisifs d’un maître de tatouages et de découpe humaine chinois. Le tout sera saupoudré de poésie et de symbolisme de manière assez surprenante.

« Ténèbre » est un roman magistral, étonnant, obsédant, qu’on dévore en se laissant détruire par ce qu’il raconte avec plaisir. A découvrir absolument.

 

On en parle sur Un dernier livre avant la fin du monde, sur Evadez-moi, sur Au fil des livres et sur La Viduité.

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Homo sapienne, Niviaq Korneliussen

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De quoi ça parle?

Révélant une voix exceptionnelle, Homo sapienne suit la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Ils vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu’à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur «l’île de la colère», où les tabous lentement éclatent, chacune et chacun se déleste du poids de ses peurs.

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Pourquoi on aime?

On parle beaucoup d’Homo sapienne comme d’un roman permettant de découvrir la vie groenlandaise. C’est surtout une histoire à cinq voix qui résonne très fortement avec les préoccupations de la jeunesse mondiale, d’où qu’elle vienne. Soif de liberté, de découvertes et d’acceptation, besoin d’amour, de tendresse, de reconnaissance, tout est dans ce petit roman qui se paie en plus le luxe de traiter ouvertement et sans préjugés de diverses lettres de la communauté LGBTQIA.

Le style est vif, cru parfois, les avis des différents protagonistes se superposent et finissent par faire naître un récit qui touche et marque. Il y a beaucoup de mauvaise foi, de jugements, de rejet, de colère. Et d’ouverture d’esprit, de tolérance, de sagesse. C’est un condensé d’humanité. A noter qu’il y a des phrases ici et là en anglais sans traduction proposée, parce que les Groenlandais utilisent souvent cette langue. Cela ne nuit pas à la compréhension générale du récit mais ça peut s’avérer frustrant à la lecture pour ce qui ne connaissent pas l’anglais. Malgré cela, nous ne pouvons vous recommander assez ce petit livre.

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On en parle aussi chez Hop! Sous la couette, D’une berge à l’autre, Le castor littéraire et Bonnes feuilles et mauvaises herbes.

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journée lutte contre homophobie