Coups de cœur arc-en-ciel des bibliothécaires: Les Argonautes, Maggie Nelson

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De quoi ça parle?

Les Argonautes, c’est d’abord une histoire d’amour. Deux êtres qui se rencontrent et tombent éperdument amoureux. Leur amour grandit, leurs deux corps se transforment, et avec leurs mutations d’autres grandes questions résonnent : qu’est-ce que la maternité? Comment se construit le genre? Comment vivre et penser la marge en construisant une famille?

À la lisière de l’essai et de l’autofiction, Les Argonautes est à la fois amusant et indigné, souvent emporté, toujours brillant. Maggie Nelson nous y présente les penseurs qui l’ont aidée à vivre, Judith Butler, Susan Sontag, Gilles Deleuze ou Roland Barthes. Elle parvient à mêler histoire intime et réflexion, livrant un texte à nul autre pareil, brillant et solaire. Au fil de ses lectures, elle nous emmène en Floride sur la plage, au cabaret burlesque, dans une université de New York, dans le bureau d’un shérif en Californie, à la très kitsch chapelle de Hollywood… Et surtout, elle s’assure que nous ne verrons plus jamais de la même façon le mystère de la fabrication d’un corps par un autre.

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Pourquoi on aime?

Maggie Nelson est une universitaire érudite qui cite et explique de nombreux auteurs dans cet étrange livre qui n’est ni un essai, ni un roman, ni de l’auto-fiction mais plus ce que les Américains appellent de la « non-fiction ». Et pourtant, Les Argonautes n’est ni obscur, ni abscons, mais bien totalement abordable par tous. Qu’on se retrouve en l’auteur ou qu’on soit d’un univers littéraire, social ou sexuel littéralement opposé au sien, on a une place dans ses réflexions sur ce qui constitue le sexe, le genre ou encore l’identité. Maggie Nelson s’interroge et dénonce en nous amenant à réfléchir nous aussi aux questions qu’elle pose et auxquelles elle n’a pas forcément la réponse.

Maggie Nelson a vécu une situation assez spéciale l’ayant amenée à ces interrogations: alors qu’elle était elle-même enceinte, et donc explorant un aspect de sa féminité qu’elle ne connaissait pas encore, son partenaire, homme trans, abandonnait son identité de femme pour devenir de plus en plus physiquement l’homme qu’il a toujours été. Elle s’est donc retrouvée à remettre en question son rapport à son propre corps ainsi qu’à celui de son mari, le tout dans une constante réflexion sur la place laissées aux femmes dans notre société occidentale.

A travers un cas particulier, l’autrice touche donc à l’universel et réfléchit à ce que cela veut dire d’être une femme, queer de surcroît, dans un monde qui dévalorise ces deux choses. Mais Les Argonautes, c’est également une histoire d’amour, de sentiments plus forts que le genre et les années. C’est touchant et ça travaille longtemps après la fin de la lecture.

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On en parle aussi chez Les Carnets de Bord, Télérama, Bonnes feuilles et mauvaises herbes et sur France culture.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Amatka, Karin Tidbeck

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De quoi ça parle?

Une fable politique, dans la lignée de 1984, sur le contrôle social, la peur du changement et la plus insensée des révolutions.

« Bienvenue à Amatka… où chacun joue un rôle, où le langage possède d’étranges propriétés et où rien – pas même la texture de la réalité – ne peut être garanti.»

Ainsi se présente Amatka, cette austère colonie antarctique aux ambiances post-soviétiques. Amatka, lieu interdit à la dissidence et aux sentiments, espace exigu où la liberté niche dans les recoins obscurs du langage, est une communauté heureuse mais totalement figée. Lorsque Vanja, une « assistante d’information », est envoyée en mission là-bas pour y collecter de l’intelligence à des fins gouvernementales, elle comprend rapidement que son séjour qu’elle prévoyait expéditif sera moins routinier qu’envisagé. Et pour cause, le point de bascule n’est jamais très loin dans cette colonie d’hiver, de sorte que Vanja sera amenée à enquêter parmi les ombres d’Amatka, celles qui revendiquent l’insurrection…

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Pourquoi on aime?

Les premières pages d’Amatka semblent arides. On se retrouve dans un univers inconnu, étrange, très spartiate et dans lequel il faut nommer les objets pour une raison qu’on ne connaît pas (encore). Puis peu à peu on s’habitue à cet univers et la réflexion peut naître.

L’auteur nous présente un monde égalitariste, chacun est traité de la même manière et a les mêmes chances de trouver du travail. Il n’y a pas de chômage. Ce n’est pas tout. L’amour est libre, sans contraintes. Pas de classes sociales non plus, pas de rejet, pas de pauvreté, tout le monde est à la même enseigne. Mais. parce qu’il y a un « mais ». Nous sommes dans une société semblant être sans plaisirs. Il y a des bibliothèques, quelques livres, mais qui rassemblent surtout le savoir. La poésie existe mais c’est tout. Pas de peinture, ni de sculpture, de romans ou de films. Peu de loisirs. La vie est « mécanique ». Pas de gastronomie non plus, toute la nourriture dérive des champignons qu’on cultive. Et on ne peut pas être bizarre, il faut respecter les règles. Dès lors, ce monde qui aurait pu être idéal ressemble de plus en plus à une prison étouffante.

Amatka propose ainsi un univers oppressant qui pose de bonnes questions et ose nous installer dans une zone de gris où les réponses ne sont pas si évidentes. C’est pour cela qu’on l’a autant apprécié.

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On en parle aussi chez Unwalkers, Charybde 27Des livres et les mots et sur la Noosfère.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Homo sapienne, Niviaq Korneliussen

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De quoi ça parle?

Révélant une voix exceptionnelle, Homo sapienne suit la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Ils vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu’à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur «l’île de la colère», où les tabous lentement éclatent, chacune et chacun se déleste du poids de ses peurs.

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Pourquoi on aime?

On parle beaucoup d’Homo sapienne comme d’un roman permettant de découvrir la vie groenlandaise. C’est surtout une histoire à cinq voix qui résonne très fortement avec les préoccupations de la jeunesse mondiale, d’où qu’elle vienne. Soif de liberté, de découvertes et d’acceptation, besoin d’amour, de tendresse, de reconnaissance, tout est dans ce petit roman qui se paie en plus le luxe de traiter ouvertement et sans préjugés de diverses lettres de la communauté LGBTQIA.

Le style est vif, cru parfois, les avis des différents protagonistes se superposent et finissent par faire naître un récit qui touche et marque. Il y a beaucoup de mauvaise foi, de jugements, de rejet, de colère. Et d’ouverture d’esprit, de tolérance, de sagesse. C’est un condensé d’humanité. A noter qu’il y a des phrases ici et là en anglais sans traduction proposée, parce que les Groenlandais utilisent souvent cette langue. Cela ne nuit pas à la compréhension générale du récit mais ça peut s’avérer frustrant à la lecture pour ce qui ne connaissent pas l’anglais. Malgré cela, nous ne pouvons vous recommander assez ce petit livre.

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On en parle aussi chez Hop! Sous la couette, D’une berge à l’autre, Le castor littéraire et Bonnes feuilles et mauvaises herbes.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Libération, Patrick Ness

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De quoi ça parle?

Un samedi d’été, dans une banlieue paumée. Adam Thorn ne le sait pas encore, mais sa vie est sur le point de basculer. Asphyxié par sa famille, harcelé par son boss, tiraillé par des sentiments contradictoires, gay, définitivement gay, Adam voudrait juste avoir le droit d’aimer.
Pendant ce temps, au bord du lac, l’esprit d’une jeune fille assassinée se réveille, en quête de vengeance…
L’un et l’autre trouveront-ils la libération à l’issue de cette intense et surnaturelle fichue journée ?

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Pourquoi on aime?

Patrick Ness est un auteur qu’on admire énormément et « Libération » est certainement son livre le plus abouti. Nous y suivons un jeune homme gay, Adam, qui cache sa sexualité à une famille extrêmement croyante et intolérante. A la manière d’une Mrs Dalloway (personnage de Virginia Woolf, et roman éponyme auquel il est ouvertement fait référence dans ce livre), ce jeune homme va, au long d’une journée marquante et éprouvante, être confronté au pire comme au meilleur, ce qui l’amènera à découvrir son entourage sous un nouveau jour et à s’accepter entièrement et sans conditions.

Si le roman de Patrick Ness marque autant, c’est qu’il apporte une complexité psychologique rare et touchante à son personnage principal. Il se (re)construit au fil des pages grâce à tout ce qui lui arrive. Il ne s’agit pas pourtant de l’acculer sous les problèmes mais de lui permettre de se découvrir à travers des obstacles qui ne sont pas là gratuitement pour faire avancer le récit mais qui font chacun sens. Et, indirectement, quelle que soit notre sexe ou notre orientation sexuelle, nous en venons nous aussi à nous interroger sur notre vie et sur notre rapport à nous-même. Ce qui est toujours intéressant comme résultat d’une lecture.

A noter que ce roman comporte une histoire fantastique en parallèle de celle du jeune Adam. En toute sincérité, celle-ci nous a barbée et nous avons fini par l’ignorer. Après avoir parlé à plusieurs personnes ayant lu le livre, il est ressorti que cette partie n’a intéressé personne. A vous de voir si vous avez envie de la lire toute de même, mais l’histoire reste compréhensible si on la passe.

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On en parle aussi chez Les Carnets de Bord, Ça pétille!, Face de Citrouille et Nine Hank.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Silence Radio, Alice Oseman

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De quoi ça parle?

Je suis Frances, Frances la sérieuse, la solitaire, la discrète. Je passe mon temps à étudier. J’ai un seul objectif : entrer à Cambridge après le bac. Je suis Frances, la vraie Frances. Je suis fascinée par le mystérieux Silence Radio et sa chaîne Youtube Universe City. J’aime rire et j’aime dessiner.

Et puis je rencontre Aled. Avec lui, je peux enfin être moi. Avec lui, je vais enfin avoir le courage de trouver ce qui compte vraiment pour moi

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Pourquoi on aime?

Les romans jeunesse qui s’éloignent des clichés habituels pour présenter des ados différents, qui ne rentrent pas dans les cases prémâchées du genre, c’est rare, et donc d’autant plus appréciable. Alice Oseman, jeune autrice de 24 ans avec plusieurs romans (ainsi qu’un adorable et long webcomic en anglais) à son actif, nous offre des jeunes personnages « vrais », bizarres, sages, qui ne sont pas dans les excès habituels. Et, chose encore plus appréciable, de toutes origines et sexualités, sans qu’il n’y ait un but derrière cette « représentation ». C’est juste la vie, la diversité, elle n’est pas gratuite, elle est juste normale.

Frances, l’héroïne de ce livre, est une adolescente partagée entre l’image de parfaite élève qu’elle donne et son côté passionnée pour l’univers « geek » qui ne colle pas avec ce masque créé pour plaire aux autres. Elle ne sait plus trop où elle en est, son avenir la destine à une grande université mais est-ce vraiment ce qu’elle veut? Est-ce qu’il existe une autre voie que celle académique? Les parents et la société aiment à dire que non. Mais la réalité de la vie post-estudiantine prouve qu’un diplôme n’est pas (plus) la voie royale vers l’emploi. Dès lors, que choisir?

Alice Oseman, à travers une histoire attachante mais différente de ce dont on a l’habitude, nous parle d’amitié, d’amour, de passions, d’épanouissement et de l’image que l’on renvoie aux autres. Sous sa plume naît un récit qui est tout sauf anodin et léger. Elle déstabilisera peut-être à cause de ça. Mais elle aidera aussi peut-être beaucoup de personnes la lisant, qu’elles soient adolescentes ou adultes.

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On en parle aussi chez Les carnets de bord, Café Powell, A Little Matter Whatever et sur la Rainbowthèque.

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journée lutte contre homophobie

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2018 des bibliothécaires : Rouge Tagada, Charlotte Bousquet & Stéphanie Rubini

LGBT 2018 1 Rouge Tagada

De quoi ça parle?

Elle était dans ma classe. Quatrième D. D comme déconné, délire, débile, dévergondé, début, douleur, douceur aussi. Il y avait tout ça, chez nous. Des pimbêches qui riaient trop fort, des timides, des bébés sages, des filles toutes fières de se comporter en femmes et des garçons qui ne savaient plus comment fonctionnaient leurs mains ni leurs pieds. Il y avait 3 aussi les Jade et les Benjamin, les bons copains toujours là en cas de coup de blues à la récré, toujours prêts à refaire le monde et jouer aux cancres au lieu d’aller en perm. Mais il n’y avait qu’une Layla.

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Pourquoi on aime?

« Rouge Tagada » est le premier tome d’une série de BD scénarisées par Charlotte Bousquet et mettant en scène des élèves d’un collège français (puis d’un lycée). Chaque tome se consacre à un personnage principal différent (les autres seront toujours présents à l’arrière-plan) et aborde une thématique bien précise. Plusieurs d’entre eux concerne de près ou de loin des questions LGBTQIA (et on vous les conseille tous, mais celui-ci est un peu notre chouchou).

Cette histoire aborde la question de l’amitié et de l’amour de manière délicate et réaliste. Peut-être un peu trop pour certains lecteurs qui auraient préféré qu’on nous fasse rêver un peu plus mais dans aucun tome, Charlotte Bousquet n’accepte d’adoucir les choses. Et même si c’est parfois dur, c’est aussi salutaire.

« Rouge Tagada », c’est une petite douceur parfois un peu amère sur la découverte d’une jeune adolescente de son attrait pour les femmes. C’est doux, c’est intelligent, c’est intense et c’est à découvrir de suite (enfin, en se mettant sur une liste d’attente parce que depuis son arrivée, cette BD est constamment empruntée)(OK, d’accord, c’est peut-être un peu parce qu’on la met entre les mains de tout le monde. Aussi. Mais quand même).

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On en parla aussi chez Sous le feuillage, Le carré jaune, Petites madeleines ou encore chez Des livres, des livres!

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Semaine des coups de cœur «arc-en-ciel» – édition 2018

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journée lutte contre homophobie

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Comme les années précédentes, en l’honneur de la Pride belge qui aura lieu le 19 mai à Bruxelles et de la journée de lutte contre l’homophobie du 17 mai, du 14 au 19 mai, le blog revêtira les couleurs de l’arc-en-ciel et vous permettra de découvrir nos derniers coups de cœur en littérature LGBTQ+. Les livres dont nous parlerons sont bien sûr disponibles au Centre de Lecture, n’hésitez pas à nous faire savoir si vous souhaitez les réserver par commentaires, via mail, par téléphone ou de vive voix.

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Les coups de cœur de 2018:

Rouge Tagada, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini

Radio Silence, Alice Oseman

Libération, Patrick Ness

Homo Sapienne, Niviaq Korneliussen

Amatka, Karin Tidbeck

Les Argonautes, Maggie Nelson

Autres suggestions

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Les coups de cœur de 2017:

Aquarium, David Vann

Le monde est derrière toi, Marian de Smet

Écumes, Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Celle dont j’ai toujours rêvé, Meredith Russo

Opération pantalon, Cat Clarke

Nimona, Noelle Stevenson

Autres suggestions

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Les coups de cœur de 2016 :

Le chant d’Achille, Madeleine Miller

Le blues des petites villes, Fanny Chiarello

Blue, Kiriko Nananan

La face cachée de Luna, Julie Anne Peters

La Belle et le Fuseau, Neil Gaiman & Chris Riddell

Peau, Dorothy Allison

Autres suggestions

Le mari de mon frère, Gengoroh Tagame – série finie en 4 tomes

Le mari de mon frère 4

ENORME coup de cœur pour cette série qui se termine avec ce quatrième tome. Nous en avons déjà parlé avant ici mais il ne faut pas se priver des bonnes choses et nous profitons de la sortie cette dernière partie pour refaire son éloge. « Le mari de mon père » est drôle, tendre, lucide, imparable dans ses raisonnements et touchant dans la peinture d’une famille moderne. Nous croyons même cette série capable de changer les mentalités et de démolir les arguments des homophobes les plus tenaces. A mettre entre toutes les mains. Venez nous l’emprunter, ça nous fera tellement (tellement) plaisir. S’il-vous-plaît?

Coups de cœur « arc-en-ciel » 2017 des bibliothécaires : Autres suggestions

Les livres dont nous vous avons parlé cette semaines ne sont pas les seuls coups de cœur arc-en-ciel que nous avons eu cette année. Nous voulions laisser une petite place aussi aux autres histoires LGBTQ+ qui nous ont fait vibrer depuis mai dernier:

lgbt 8 heureux

 « Heu-reux ! », Christian Voltz  – Rouergue (album)

Le roi Grobull, taureau-tyran, veut marier le prince Jean-George. Il est décidé à trouver une belle vache pour celui-ci. Mais avant tout, il veut que son fils puisse faire un mariage d’amour. Parce que, c’est décidé, il sera heu-reux !

Les albums de Christian Volts sont toujours merveilleux et merveilleusement drôles. Celui-ci ne fait pas exception à la règle.

LGBT 8 George

« George », Alex Gino – L’Ecole des loisirs

George est un garçon tranquille et sans histoire. Si ce n’est qu’il le sait, il est une fille en fait. Il n’a pas encore osé en parler aux gens autour de lui. Mais quand son institutrice propose de monter une pièce, il sait qu’il faut qu’il interprète le premier rôle féminin.

Ce court roman est simple, touchant et tellement facile à aimer que ce serait dommage de passer à côté.

LGBT 8 Grayson

« Le secret de Grayson »,  Amy Polonsky – Albin Michel jeunesse

Grayson se rêve princesse mais est enfermé dans un corps de garçon. Alors elle cache ce corps qu’elle n’aime pas dans des vêtements amples et essaie de ne pas se faire remarquer. Mais un jour, elle trouve le courage d’auditionner pour la pièce de théâtre de l’école. Pour le rôle d’une fille.

Partant du même point de départ que « George », « Le secret de Grayson » est un peu plus sombre. Son personnage est orphelin et vit chez un oncle et une tante qui l’aiment mais ne comprennent pas sa vraie nature. Il devra réussir à trouver sa place et à s’affirmer pour pouvoir vivre en accord avec ce qu’il est.

LGBT 8 Lumberjanes

« Lumberjanes », Noelle Stevenson, Grace Ellis, Shanon Watters & Brooke A Allen – Urban Kids (BD)

Cinq filles intrépides, un camp de vacances, quelques phénomènes surnaturels et le tour est joué, vous vous retrouvez avec une BD nerveuse, magique et drôle, si drôle.

lgbt 8 Normale

« Normal(e) », Lisa Williamson – Hachette

David est né garçon mais il est une fille. Seuls ses amis proches sont au courant. Il vit avec le poids de ce secret. Quand un nouveau garçon à la réputation effrayante arrive à l’école, il se sent étrangement attiré par lui. Peut-être parce que ce dernier semble aussi cacher un lourd secret…

Alternant les points de vue entre les personnages, ce roman un peu plus sombre traite de différents problèmes avec justesse et nous fait découvrir des adolescents différents et attachants.

LGBT 8 Carry On

« Carry On », Rainbow Rowell – PKJ

Simon Snow est un magicien orphelin qui n’arrive pas à contrôler ses pouvoirs. A Watfort, l’école de magie qu’il fréquente, il doit partager une chambre avec son pire ennemi, Baz Pitch, qu’il soupçonne d’être un vampire. Ce qu’il ne sait pas, c’est que si Baz est aussi désagréable avec lui, c’est parce qu’il est en fait amoureux de lui et a peur que ça se sache…

Simon Snow a été inventé par Rainbow Rowell pour être le double de Harry Potter dans son (génialissime) roman « Fangirl » et elle a tellement aimé ce personnage qu’elle lui a consacré un livre. Il n’est donc pas erroné de dire que « Carrry On », c’est un « Harry Potter » gay.

LGBT 8 arc-en-ciel

« Le jardin arc-en-ciel », Ito Ogawa – Picquier

Izumi, jeune mère célibataire, croise le regard de la lycéenne Chiyoko et tombe amoureuse d’elle. Elle l’empêche de se suicider et les deux femmes ne se quittent plus. Petit à petit, elles se reconstruisent une famille et partent vivre dans une ancienne école qu’elles retapent et qui deviendra une maison d’hôtes atypique.

L’auteur du « Restaurant de l’amour retrouvé » nous livre ici une autre histoire simple, douce et pleine d’espoir. Mais comportant aussi son lot de drames et de larmes.

LGBT 8 Luisa

« Luisa ici et là », Carole Maurel – La Boîte à Bulles (BD)

Trentenaire solitaire, Luisa rêve du grand amour. Un jour, sa voisine sonne à sa porte et la met face à une ado qui n’est autre qu’elle-même à 15 ans. Cette étrange rencontre va la faire réfléchir à sa vie et à son innocence perdue…

BD toute en nostalgie mais aussi pleine d’espoir, « Luisa ici et là » se mange sans faim et fait du bien. Vraiment.

lgbt 8 infinite loop

« The Infinite Loop », Pierrick Colinet & Elsa Charretier – Glénat (BD)

Teddy est une voyageuse temporelle. Elle a pour but de répertorier et de contrôler les anomalies nées des nombreuses exploration de l’espace-temps que ses contemporains effectuent. Un jour, une de ces anomalies prend forme humaine. Et Teddy en tombe instantanément amoureuse. Elle décide de protéger celle qu’elle est censée éliminer…

Véritable histoire de SF vertigineuse, « The Infinite Loop » est un projet ambitieux qui ose aller au bout de ses possibilités scénaristiques et visuelles.

Isabel Greenberg 02

« Les Cent Nuits de Hero », Isabel Greenberg – Casterman (BD)

On en parle ici.

LGBT 8 mari frère

« Le mari de mon frère », Gengoroh Togame – Akata (manga)

On en parle ici.

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Coups de cœur « arc-en-ciel » 2017 des bibliothécaires : Nimona, Noelle Stevenson

Nimona

Tout commence sur le ton de la plaisanterie. Nous sommes dans un univers à la fois médiéval et futuriste. Une (très) jeune fille, Nimona, frappe à la porte du célèbre Super Vilain Ballister Blackheart pour lui proposer d’être son assistante. L’homme lui rit au nez jusqu’à ce qu’elle lui montre de quoi elle est capable. Et c’est qu’elle en a des pouvoirs, Nimona. Elle force sa place auprès de Blackheart et se montre plus fougueuse et vindicative que le « méchant » qui, au fil des pages, se révèle être beaucoup moins Super Vilain qu’on aurait pu le penser. Et là où une comédie assez manichéenne semblait s’esquisser, c’est un drame fantastico-politique de plus en plus sombre qui commence à se construire discrètement sous nos yeux.

Nimona est mon plus gros coup de cœur BD de 2016. Noelle Stevenson a réussi un mélange de genres admirable. Elle nous offre un personnage principal fort qui va au-delà de la caricature féminine des récits de fantasy. Nimona est hargneuse, pleine de failles et porteuse d’un passé lourd qui aura une influence importante sur le récit. Elle est attachante et effrayante à la fois et ça fait du bien de voir une histoire tourner autour d’une héroïne douteuse mais qui n’a pas été écrite pour être « méchante » ou détestable pour autant et, surtout, qui s’enrichit au fil des pages tout en n’effaçant pas pour autant des personnages secondaires eux aussi plein de surprises. On ferme ce one shot triste de devoir quitter Nimona, Lord Blackheart et Sire Goldenloin mais heureux d’avoir vécu de telles montagnes russes émotionnelles et scénaristiques.

Noelle Stevenson est une auteur  à suivre, Nimona est son premier roman graphique en solo (elle a collaboré au délicieux Lumberjanes dont nous reparlerons brièvement cet après-midi) et elle a déjà reçu pléthore de prix impressionnants, dont le prix Eisner du meilleur recueil pour Nimona.

On en parle aussi sur 9ème art, Comixtrip, La Mouche qui Louche et L’imaginarium électrique (Youtube).

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