Lisez-vous le belge – les coups de cœur : 4. Les yeux rouges de Myriam Leroy

« Les yeux rouges » de Myriam Leroy chez Seuil

De quoi ça parle?

Il s’appelait Denis. Il était enchanté.

Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.

Une jeune femme reçoit un message sur Facebook. C’est l’amorce d’un piège suffocant à l’heure du numérique, quand la fatalité n’a d’autre nom qu’un insidieux et inexorable harcèlement.

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

Pourquoi ce livre?

Le harcèlement en ligne reste trop banal, voire très commun quand on est une utilisatrice des réseaux sociaux. Myriam Leroy dépeint ici de manière douloureusement juste ce que subit une victime de ce type de harcèlement encore peu reconnu et auquel les autres ne donnent pas de poids. Le roman nous met directement à la place de la personne harcelée et nous fait vivre les frustrations, l’incompréhension des autres et la peur face à une personne qui semble n’avoir aucune limite et ne pas comprendre le problème avec son comportement. Nécessaire!

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’autrice, bruxelloise d’adoption et belge complètement. Et également une de nos anciens bibliothécaires d’un soir.

Les livres qui dérangent: « Ariane », Myriam Leroy

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De quoi ça parle?

« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. »

Elles sont collégiennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.

Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.

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Pourquoi ça dérange?

Myriam Leroy évoque ici aussi bien une jeunesse qui parlera à tous les trentenaires que ces amitiés dangereuses ignorées volontairement par les adultes alors qu’elles hantent et ravagent les jeunes qui les vivent. C’est aussi intense que douloureux et ça rappellera peut-être des souvenirs enfouis à certains..

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Vous pouvez (ré)écouter Myriam Leroy parler des livres qui ont marqué sa vie de lectrice ici.

Bibliothécaire d’un soir #6: les choix de Myriam Leroy

Pour notre sixième édition de « Bibliothécaire d’un soir », vendredi 28 décembre et donc la dernière de 2018, c’est Myriam Leroy, autrice d’« Ariane » aux éditions Don Quichotte, dramaturge, présentatrice radio et journaliste qui nous rejoignait pour nous parler des livres ayant marqué sa vie de lectrice. Voici les titres qu’elle nous a présentés.

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Pour ceux qui ont manqué cette rencontre et/ou pour ceux qui souhaitent la prolonger, voici la liste des choix de notre bibliothécaire d’un soir ainsi que l’enregistrement qui a été fait de ses explications. A noter qu’en plus de pouvoir retrouver le podcast sur la page d’Audioville (Soundcloud), notre partenaire, ainsi que sur iTunes depuis peu, vous pouvez aussi écouter la rencontre sur Youtube (juste le son, nous ne faisons pas d’enregistrement vidéo):

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– « King Kong Théorie », Virginie Despentes

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– « La honte », Annie Ernaux

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– « Un roman russe », Emmanuel Carrère

La folie et l’horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j’ai écrits ne parlent de rien d’autre. Après L’Adversaire, je n’en pouvais plus. J’ai voulu y échapper. J’ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête.myriam 03L’enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l’automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour faits de collaboration.

C’est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille. Pour exorciser ce fantôme, j’ai suivi des chemins hasardeux. Ils m’ont entraîné jusqu’à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu’il arrive quelque chose.

Et quelque chose est arrivé : un crime atroce. La folie et l’horreur me rattrapaient. Elles m’ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse.

J’ai écrit pour la femme que j’aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour.

C’est de cela qu’il est question ici : des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s’y prend pour nous répondre.

 

– « Pastorale américaine », Philip Roth

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– « Pascal Brutal », Riad Sattouf

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Le prochaine bibliothécaire d’un soir sera Marc Ysaye, qui viendra nous parler des livres qui l’ont marqué vendredi 22 février à 18h (attention, changement de l’heure habituelle).