#MarsAuFeminin – Olga Tocarczuk : Les Pérégrins

« Les Pérégrins », Olga Tokarczuk chez Noir sur Blanc

De quoi ça parle ?

Les Pérégrins, sans doute le meilleur livre d’Olga Tokarczuk, n’est pas un « livre de voyage », mais un livre sur le phénomène du voyage. Pour les Bieguny (c’est-à-dire marcheurs ou pérégrins), une secte de l’ancienne Russie, le fait de rester au même endroit rendait l’homme plus vulnérable aux attaques du Mal, tandis qu’un déplacement incessant le mettait sur la voie du Salut. S’ils sont des hommes et des femmes de notre temps, les personnages du livre d’Olga Tokarczuk ont peut-être une motivation similaire. Mais davantage que le Salut, ils semblent poursuivre l’idée qu’ils se font de leur liberté. En une myriade de textes courts, l’auteur compose ici un panorama coloré du nomadisme moderne. À travers les livres et à travers le monde d’aujourd’hui, dans les lieux et les non-lieux de ses voyages, Olga Tokarczuk a ressemblé des histoires, des images et des situations qui nous éclairent sur un monde à la fois connu et absolument mystérieux, mouvant réseau de flux et de correspondances… Une femme qui s’occupe d’un enfant handicapé décide un jour de ne pas rentrer à la maison ; une mère prend son enfant et quitte son mari au cours de vacances en Croatie ; le cœur de Chopin, placé à sa mort dans une jarre de cognac, est transporté jusqu’en Pologne par sa sœur Ludwika ; Anouchka, qui a une famille et une vie sociale, décide soudain d’aller vivre dans le métro de Moscou… Une multiplicité de réflexions, de micro-récits et de choses vues, sur les zones de transit, les hôtels, le hasard des rencontres, le tourisme exotique et la baraques à souvenirs. Avec sa foi dans l’intelligence du lecteur, Olga Tokarczuk ouvre pour nous mille et une pistes d’étonnement et de découvertes.

Qui est l’autrice ?

Olga Tocarczuk est une autrice polonaise qui a reçu le prix Nobel de littérature en 2018.

Pourquoi ce livre ?

Lire sur le voyage en période de COVID peut relever du masochisme, et pourtant « Les Pérégrins » parle de la beauté de la découverte et du trajet sans réveiller d’amertume. Cet étrange livre, pas vraiment recueil de nouvelles, pas vraiment roman, est constitué de morceaux qui sont autant de réflexions sur divers sujets liés au voyage mais également, de manière surprenante, à la conservation des corps. C’est étrange, bizarre mais complètement fascinant.

Semaine « petits éditeurs » – BONUS – Solénoïde de Mircea Cărtărescu chez Noir sur Blanc

Solénoïde

Noir sur Blanc est une maison d’édition suisse qui a été fondée en 1987. Elle est assez tournée vers la littérature de l’Europe de l’Est et nous a permis notamment de lire Goran Petrovic mais aussi Sophie Divry. Nous sommes très clients de la collection « Notabilia » à la bibliothèque. Nous allons aujourd’hui nous intéresser à « Solénoïde » de Mircea Cărtărescu, petit rajout à cette semaine consacrée aux petits éditeurs parce que Sophie l’a lu ce week-end et voulait absolument en parler dans le cadre de cette mise en avant de petits éditeurs.

 

De quoi ça parle?

Chef-d’œuvre de Mircea Cãrtãrescu, Solénoïde est un roman monumental où résonnent des échos de Borges, Swift et Kafka. Il s’agit du long journal halluciné d’un homme ayant renoncé à devenir écrivain, mais non à percer le mystère de l’existence.
Après avoir grandi dans la banlieue d’une ville communiste – Bucarest, qui est à ses yeux le « musée de la mélancolie et de la ruine de toute chose », mais aussi un organisme vivant, coloré, pulsatile –, il est devenu professeur de roumain dans une école de quartier. Si le métier le rebute, c’est pourtant dans cette école terrifiante qu’il fera trois rencontres capitales : celle d’Irina, dont il tombe amoureux, celle d’un mathématicien qui l’initie aux arcanes les plus singuliers de sa discipline, et celle d’une secte mystique, les piquetistes, qui organise des manifestations contre la mort dans les cimetières de la ville.
À ses yeux, chaque signe, chaque souvenir et chaque rêve est un élément du casse-tête dont la résolution lui fournira un « plan d’évasion », car il ne s’agit que de pouvoir échapper à la « conspiration de la normalité ».

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Pourquoi ce livre?

Comme « Bubblegum« , ce livre peut faire peur par sa taille, 800 pages grandes et bien remplies. J’avoue que c’est ce qui m’avait le plus freinée et j’ai attendu d’avoir un long week-end pour pouvoir m’y plonger. Et en fait, il s’est révélé plus facile à lire que je ne l’avais imaginé, tout en restant assez complexe dans sa construction pour demander une certaine concentration et une lecture pas trop étalée afin de ne pas oublier qui sont les personnages ou ce qui est déjà arrivé au narrateur.

C’est que « Solénoïde » est un roman qui se balade dans diverses périodes de la vie du narrateur. Celui-ci commence à raconter son histoire alors qu’il est prof de roumain à Bucarest. Il va nous emmener à travers ce quotidien banal qui le ronge dans diverses périodes de sa vie, pas forcément dans l’ordre mais bien en construisant un puzzle en 3D (4D même si on veut suivre la logique du narrateur et son obsession pour le tesseract) qui va s’enrichir à chaque niveau et donner une nouvelle lecture de certains passages déjà évoqués avant. Il y a beaucoup de choses dans ce livre. Des sectes, des poux, de la pauvreté, beaucoup de piqûres (décrites en longueur, passages extrêmement difficiles pour la bélénophobe que je suis), des carnets de rêves troublants, de la psychologie onirique, une maison tellement grande qu’on s’y perd constamment (j’adore ça!), des livres, beaucoup de livres, tellement de livres, et des solénoïdes aux effets… troublants.

Essayer de décrire « Solénoïde » est un exercice vain. Sachez simplement que vous allez découvrir la vie d’un homme de sa naissance au moment où il ressentira le besoin de se pencher sur son existence pour des raisons que nous ne dévoilerons pas, vie qui paraît banale de prime abord mais qui, peu à peu, va révéler des choses étranges, troublantes, à la limite du plausible et du possible. Le tout est fascinant, audacieux et assez marquant. Sacré roman-somme pour Mircea Cărtărescu que je voudrais vous conseiller en sachant qu’il est toujours difficile de convaincre les gens de s’attaquer à des monstres pareils (bon à savoir: le livre est très souple, il reste ouvert tout seul sur fauteuils et genoux, j’ai pratiqué, j’apprécie, merci à l’éditeur de nous faciliter ainsi la lecture).

On en parle aussi chez Ptyx, chez Charybde 27, sur Touchez mon blog et chez Hard Cover (avec pour la amateur de podcast un avis de la Salle 101 également).