Lisez-vous le belge – les coups de cœur : 4. Les yeux rouges de Myriam Leroy

« Les yeux rouges » de Myriam Leroy chez Seuil

De quoi ça parle?

Il s’appelait Denis. Il était enchanté.

Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.

Une jeune femme reçoit un message sur Facebook. C’est l’amorce d’un piège suffocant à l’heure du numérique, quand la fatalité n’a d’autre nom qu’un insidieux et inexorable harcèlement.

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

Pourquoi ce livre?

Le harcèlement en ligne reste trop banal, voire très commun quand on est une utilisatrice des réseaux sociaux. Myriam Leroy dépeint ici de manière douloureusement juste ce que subit une victime de ce type de harcèlement encore peu reconnu et auquel les autres ne donnent pas de poids. Le roman nous met directement à la place de la personne harcelée et nous fait vivre les frustrations, l’incompréhension des autres et la peur face à une personne qui semble n’avoir aucune limite et ne pas comprendre le problème avec son comportement. Nécessaire!

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’autrice, bruxelloise d’adoption et belge complètement. Et également une de nos anciens bibliothécaires d’un soir.

Les livres qui dérangent: « Défaite des maîtres et possesseurs », Vincent Message

Defaite-des-maitres-et-possesseurs

De quoi ça parle?

C’est notre monde, à quelques détails près. Et celui-ci notamment : les hommes ne sont plus maîtres et possesseurs de la nature. De nouveaux venus leur font connaître le sort qu’ils réservaient auparavant aux animaux. Malo et Iris mènent ensemble une vie frappée d’interdit par ces barrières qui séparent les espèces. Alors qu’elle est blessée, en attente d’une opération, il n’a devant lui que quelques jours pour tenter de la sauver.

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Pourquoi ça dérange?

« Défense des maîtres et possesseurs » frappe (très) fort et marque (très) longtemps. Ce que nous lisons sur les traitements ignobles réservés aux êtres humains dans ce livre, nous savons que nous le faisons, parfois en pire, aux animaux. Vincent Message utilise un procédé peut-être un peu facile mais on ne peut plus efficace pour poser la question de l’éthique de la nourriture: est-ce que nous utiliserions encore les excuses des « besoins naturels » et de la « loi du plus fort » si les créatures dont on se nourrit, c’étaient nous?

En traitant les hommes comme ceux-ci utilisent les animaux (pour la nourriture, la force de travail ou la compagnie), Vincent Message questionne notre rapport aux autres êtres vivants et notre droit de disposer d’eux comme nous le souhaitons, pour notre simple plaisir, sous prétexte d’une prétendue supériorité qui n’existe que de notre point de vue. Une position qui dérange alors que les végétariens et végans sont encore et toujours victimes des moqueries des autres au mieux, de leurs remarques acerbes en général, que ce soit dans les médias ou en privé.

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