Ce mois au Centre de Lecture (édition octobre 2020)

ATTENTION :

INSCRIPTION OBLIGATOIRE

4 PARTICIPANTS MAX. PAR ANIMATION (SAUF PROJECTION FILM)

MASQUE OBLIGATOIRE POUR LES 12 ANS ET +

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Brico-lectures, lectures et jeux (enfants) :

Mercredi 14/10 : 14h-15h & 15h-16h : Atelier de brico-lecture – 5 à 12 ans

Mercredi 21/10 : 14h-15h : Atelier de brico-lecture – 5 à 12 ans

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Clubs de Lecture, de tricot-crochet et de scrabble (adultes) :

Vendredi 02/10 : 14h30 : Club de lecture pour adultes

Vendredi 30/10 : 14h : Club de Scrabble

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Ateliers de dessin (adultes et adolescents) :

Samedi 17/10 : 10h-12h : Atelier de BD & mangas – ados et adultes

                           14h-16h : Dessinons ensemble

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Tout public :

Ven 23/10 : Ciné-club : « Sixième sens », M. Night Shyamalan, 2000 – 107 min – thriller psychologico-fantastique (ou pas ? Qui sait…)(si vous voulez le découvrir, il faudra venir voir le film)

Poster du film Sixième Sens de M. Night Shyamalan

Cole Sear, garconnet de huit ans, est hanté par un terrible secret. Son imaginaire est visité par des esprits menaçants. Trop jeune pour comprendre le pourquoi de ces apparitions et traumatisé par ces pouvoirs paranormaux, Cole s’enferme dans une peur maladive et ne veut révéler à personne la cause de son enfermement, à l’exception d’un psychologue pour enfants. La recherche d’une explication rationnelle guidera l’enfant et le thérapeute vers une vérité foudroyante et inexplicable.

Toutes ces animations sont gratuites et se déroulent au Centre de Lecture publique.

Semaine « petits éditeurs » – BONUS – Solénoïde de Mircea Cărtărescu chez Noir sur Blanc

Solénoïde

Noir sur Blanc est une maison d’édition suisse qui a été fondée en 1987. Elle est assez tournée vers la littérature de l’Europe de l’Est et nous a permis notamment de lire Goran Petrovic mais aussi Sophie Divry. Nous sommes très clients de la collection « Notabilia » à la bibliothèque. Nous allons aujourd’hui nous intéresser à « Solénoïde » de Mircea Cărtărescu, petit rajout à cette semaine consacrée aux petits éditeurs parce que Sophie l’a lu ce week-end et voulait absolument en parler dans le cadre de cette mise en avant de petits éditeurs.

 

De quoi ça parle?

Chef-d’œuvre de Mircea Cãrtãrescu, Solénoïde est un roman monumental où résonnent des échos de Borges, Swift et Kafka. Il s’agit du long journal halluciné d’un homme ayant renoncé à devenir écrivain, mais non à percer le mystère de l’existence.
Après avoir grandi dans la banlieue d’une ville communiste – Bucarest, qui est à ses yeux le « musée de la mélancolie et de la ruine de toute chose », mais aussi un organisme vivant, coloré, pulsatile –, il est devenu professeur de roumain dans une école de quartier. Si le métier le rebute, c’est pourtant dans cette école terrifiante qu’il fera trois rencontres capitales : celle d’Irina, dont il tombe amoureux, celle d’un mathématicien qui l’initie aux arcanes les plus singuliers de sa discipline, et celle d’une secte mystique, les piquetistes, qui organise des manifestations contre la mort dans les cimetières de la ville.
À ses yeux, chaque signe, chaque souvenir et chaque rêve est un élément du casse-tête dont la résolution lui fournira un « plan d’évasion », car il ne s’agit que de pouvoir échapper à la « conspiration de la normalité ».

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Pourquoi ce livre?

Comme « Bubblegum« , ce livre peut faire peur par sa taille, 800 pages grandes et bien remplies. J’avoue que c’est ce qui m’avait le plus freinée et j’ai attendu d’avoir un long week-end pour pouvoir m’y plonger. Et en fait, il s’est révélé plus facile à lire que je ne l’avais imaginé, tout en restant assez complexe dans sa construction pour demander une certaine concentration et une lecture pas trop étalée afin de ne pas oublier qui sont les personnages ou ce qui est déjà arrivé au narrateur.

C’est que « Solénoïde » est un roman qui se balade dans diverses périodes de la vie du narrateur. Celui-ci commence à raconter son histoire alors qu’il est prof de roumain à Bucarest. Il va nous emmener à travers ce quotidien banal qui le ronge dans diverses périodes de sa vie, pas forcément dans l’ordre mais bien en construisant un puzzle en 3D (4D même si on veut suivre la logique du narrateur et son obsession pour le tesseract) qui va s’enrichir à chaque niveau et donner une nouvelle lecture de certains passages déjà évoqués avant. Il y a beaucoup de choses dans ce livre. Des sectes, des poux, de la pauvreté, beaucoup de piqûres (décrites en longueur, passages extrêmement difficiles pour la bélénophobe que je suis), des carnets de rêves troublants, de la psychologie onirique, une maison tellement grande qu’on s’y perd constamment (j’adore ça!), des livres, beaucoup de livres, tellement de livres, et des solénoïdes aux effets… troublants.

Essayer de décrire « Solénoïde » est un exercice vain. Sachez simplement que vous allez découvrir la vie d’un homme de sa naissance au moment où il ressentira le besoin de se pencher sur son existence pour des raisons que nous ne dévoilerons pas, vie qui paraît banale de prime abord mais qui, peu à peu, va révéler des choses étranges, troublantes, à la limite du plausible et du possible. Le tout est fascinant, audacieux et assez marquant. Sacré roman-somme pour Mircea Cărtărescu que je voudrais vous conseiller en sachant qu’il est toujours difficile de convaincre les gens de s’attaquer à des monstres pareils (bon à savoir: le livre est très souple, il reste ouvert tout seul sur fauteuils et genoux, j’ai pratiqué, j’apprécie, merci à l’éditeur de nous faciliter ainsi la lecture).

On en parle aussi chez Ptyx, chez Charybde 27, sur Touchez mon blog et chez Hard Cover (avec pour la amateur de podcast un avis de la Salle 101 également).

Semaine « Petits éditeurs » – Francis Rissin de Martin Mongin chez Tusitala

LOGO Tusitala Francis Rissin de Martin Mongin

Nous terminons ce tour des petits éditeurs avec les éditions Tusitala qui ont vu le jour en 2013 et qui, depuis, ont garni leur catalogue de livres hétéroclites, différents mais toujours recherchés. Nous adorons particulièrement « La nuit aveuglante » d’André de Richaud et « La bouche pleine de terre » de Branimir Šćepanović chez eux mais c’est de « Francis Rissin » de Martin Mongin que nous voulons parler aujourd’hui.

 

De quoi ça parle?

De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivées là ? La presse s’interroge, la police enquête, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France ?

Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maîtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piège qui se referme sur le lecteur, au cœur de cette zone floue où réalité et fiction s’entremêlent.

Autant marqué par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensée de La Boétie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondément politique.

 

Pourquoi ce livre?

« Francis Rissin » est le type de roman dont il faut savoir le moins possible en le commençant parce qu’il offre une expérience unique de lecture. Tout ce que je vous dirai, c’est qu’il est découpé en 11 parties et que d’une anecdote racontée devant des étudiants naît une histoire inattendue, étonnante et d’une ampleur incroyable, histoire qui va s’étoffer peu à peu et nous mener loin, très loin.

Chapeau à l’auteur qui n’a pas eu froid aux yeux et qui a osé beaucoup de choses, y compris de prendre le risque de nous perdre en nous laissant construire le sens de son récit tout en nous donnant peu à peu les clés pour comprendre celui-ci. C’est un exercice de style incroyable et qui se paie le luxe d’en plus avoir un message à faire passer, et pas des moindres.

J’ai été très impressionnée par ce livre. J’ai envie de vous le conseiller plus que fortement en vous demandant de lui faire confiance et de lui laisser le temps de dérouler son mécanisme et de faire sens, parce que « Francis Rissin » s’enrichit au fur et à mesure des couches de sens qui lui sont rajoutées pour finir par une révélation aussi inattendue que délicieuse.

On en parle aussi sur Mots pour mots, sur Black Novel 1, sur Encore du noir! et sur EmOtions.

Semaine « petits éditeurs » – La Fracture de Nina Allan chez Tristram

LOGO Tristram La fracture Nina Allan

Tristram est une maison d’édition qui a vu le jour en 1989 et qui, depuis, nous a permis de lire des auteurs aussi marquants que J.G. Ballard, William T. Vollmann ou encore Ezra Pound. Mais c’est surtout pour leurs traductions de Nina Allan que je leur serai éternellement reconnaissante. Nous allons parler de son dernier roman traduit, « La Fracture » (en espérant que son dernier roman en anglais, « The Dollmaker », arrivera bientôt en français parce que c’est une pure merveille et sûrement ce qu’elle a écrit de plus beau) .

 

De quoi ça parle?

Le 16 juillet 1994 dans la région de Manchester, Julie Rouane, dix-sept ans, prétexte un rendez-vous avec une copine pour s’absenter du domicile familial… et disparaît pendant plus de vingt ans.

Longtemps après l’abandon de l’enquête par la police, faute d’indices concrets — Raymond Rouane, persuadé que sa fille est toujours vivante, continue à explorer seul toutes les pistes possibles. En vain. La mère de Julie et sa sœur cadette, Selena, tentent elles aussi de faire front, chacune à leur manière.

Puis un soir, Julie refait surface à l’improviste. Alors qu’on avait soupçonné que l’adolescente ait pu être enlevée et assassinée — un homme de la région ayant avoué plusieurs meurtres de femmes —, l’histoire que Julie raconte à Selena est tout à fait différente. Mais est-il possible de la croire ?

 

Pourquoi ce livre?

Lire Nina Allan pour la première fois est assez déroutant. Cette autrice aime nous raconter plein de petites histoires rattachées parfois par de très minces filaments et qui ne donnent pas forcément toutes les clés pour les interpréter. Nina Allan nous confie un récit en nous laissant le loisir de choisir comment l’interpréter. Ça peut faire peur de prime abord mais c’est incroyablement grisant une fois qu’on se libère de ce besoin que l’auteur nous dise clairement et explicitement de quoi il retourne. Parce qu’avec Nina Allan, le lecteur est un peu plus que d’habitude l’auteur secondaire du récit qu’il découvre.

Ici, nous rencontrerons deux sœurs, dont l’une disparaîtra mystérieusement pour réapparaître des années après. Que lui est-il arrivé? Comment se sont construits ceux qui sont restés pendant son absence? Et, surtout, qui croire dans les témoignages divers, y compris de l’absente? Tout cela et plus encore dans ce récit élégant, étonnant et surtout intelligent. Laissez-vous embarquer dans ce voyage improbable qui frôle la science-fiction à plusieurs reprises, mais ce sera à vous de dire si c’en est ou pas…

 

On en parle aussi chez Lune, chez Tigger Lilly, chez Yogo et chez Eva.

Semaine « petits éditeurs » – Bleuets de Maggie Nelson aux éditions du Sous-sol

LOGO Editions sous-sol Bluets de Maggie Nelson

Les éditions du sous-sol citent Dostoïevksi et ses « Carnets du sous-sol » dans l’explication de leur genèse: « “Laissez-nous seuls, sans les livres, et nous serons perdus, abandonnés, nous ne saurons pas à quoi nous retenir ; quoi aimer, quoi haïr, quoi respecter, quoi mépriser ?” ». Nées effectivement dans un sous-sol en 2011 avec la revue Feuilleton, elles débarqueront en 2013 en librairie avec ladite revue qui sera suivie de deux collections de livres. La maison s’amuse à explorer la frontière entre fiction et non-fiction, comme ce sera le cas avec le livre dont nous allons parler, « Bleuets » de Maggie Nelson (nous vous parions d’ailleurs des « Argonautes » de la même autrice chez le même éditeur il y a deux ans ici).

 

De quoi ça parle?

Dans le sillage des Pensées de Pascal citées en exergue, Bleuets est un objet hybride quelque part entre l’essai, le récit, le poème. Deux cent quarante fragments composent cette méditation poétique, intime et obsessionnelle autour d’une couleur, le bleu. Le deuil, le sentiment amoureux, la mélancolie sont autant de thèmes chers à Maggie Nelson ici abordés dans une maïeutique convoquant l’art et la beauté entre deux digressions introspectives ou savantes, des fantasmes de l’auteure à des approfondissements autour de la pensée de Platon ou de Goethe, en passant par l’œuvre d’un Warhol ou d’un Klein ou la musique de Leonard Cohen. Laissons-nous séduire par cette déclaration d’amour fou à une couleur, un livre à ranger précieusement entre les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes et Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman.

« Et si je commençais en disant que je suis tombée amoureuse d’une couleur. Et si je le racontais comme une confession ; et si je déchiquetais ma serviette en papier pendant que nous discutons. C’est venu petit à petit. Par estime, affinité. Jusqu’au jour où (les yeux rivés sur une tasse vide, le fond taché par un excrément brun et délicat enroulé sur lui-même pareil un hippocampe), je ne sais comment, ça a pris un tour personnel. »

 

Pourquoi ce livre?

Pour être honnête, je ne suis pas cliente de l’autofiction, surtout celle à la française. Néanmoins, certains auteurs anglo-saxons ont su faire de ce « genre » quelque chose de plus qu’un simple exercice d’auto-satisfaction. Maggie Nelson est certainement une des maîtresses de la chose, nous apportant réflexions pertinentes, surprenantes et frôlant souvent la poésie dans sa manière de se raconter.

Tout part du bleu ici, et de la manière dont cette couleur a commencé à obséder l’autrice. Le bleu semble la poursuivre, l’habiter, et finir par lui permettre de parler de certaines choses qui trouveront peut-être écho en nous, en une sorte d’étrange universalité qui sera provoquée, étonnamment, par cette teinte. L’écriture est si belle mais les réflexions et interrogations le sont encore plus et font de ce toute petit livre un objet littéraire étonnant et passionnant à lire.

 

On en parle aussi sur La nuit je mens, sur L’écume des lettres, sur Le Devoir et sur Sens Critique.

Semaine « petits éditeurs » – Ténèbre de Paul Kawczak chez La Peuplade

LOGO La Peuplade - Ténèbre Paul Kawaczak

La Peuplade est une maison d’édition québécoise fondée en 2006 qui, depuis quelques années, a commencé à faire parler d’elle de notre côté de l’océan et qui, petit à petit, s’impose comme un des noms à suivre dans l’édition, vu sa popularité grandissante sur les réseaux sociaux. Elle nous a offert le superbe « Homo Sapienne » dont nous vous parlions ici il y a deux ans et aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un roman qui parle de la Belgique et, surtout, du Congo, « Ténèbre » de Paul Kawczak.

 

De quoi ça parle?

Un matin de septembre 1890, un géomètre belge, mandaté par son Roi pour démanteler l’Afrique, quitte Léopoldville vers le Nord. Avec l’autorité des étoiles et quelques instruments savants, Pierre Claes a pour mission de matérialiser, à même les terres sauvages, le tracé exact de ce que l’Europe nomme alors le « progrès ». À bord du Fleur de Bruges, glissant sur le fleuve Congo, l’accompagnent des travailleurs bantous et Xi Xiao, un maître tatoueur chinois, bourreau spécialisé dans l’art de la découpe humaine. Celui-ci décèle l’avenir en toute chose : Xi Xiao sait quelle œuvre d’abomination est la colonisation, et il sait qu’il aimera le géomètre d’amour. Ténèbre est l’histoire d’une mutilation.

Kawczak présente un incroyable roman d’aventure traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique, qui du Nord de l’Europe au cœur de l’Afrique coule comme une larme de sang sur la face de l’Histoire.

 

Pourquoi ce livre?

« Ténèbre » commence par deux pages coup de poing que j’ai tout de suite adorées malgré leur côté très sombre. C’est que Paul Kwaczak arrive à nous raconter avec des mots superbes des choses horribles, en rendant ainsi son histoire intoxicante.

L’objet du roman (entre autres) est l’horreur de la colonisation du Congo par la Belgique (sujet on ne peut plus d’actualité). Nous allons suivre ici un géographe de Léopold II qui va découvrir le pays, les atrocités commises envers ses habitants et, accessoirement, l’amour étrange et déroutant sous les coups incisifs d’un maître de tatouages et de découpe humaine chinois. Le tout sera saupoudré de poésie et de symbolisme de manière assez surprenante.

« Ténèbre » est un roman magistral, étonnant, obsédant, qu’on dévore en se laissant détruire par ce qu’il raconte avec plaisir. A découvrir absolument.

 

On en parle sur Un dernier livre avant la fin du monde, sur Evadez-moi, sur Au fil des livres et sur La Viduité.

Semaine « petits éditeurs » – La ferme des mastodontes de Mike Kleine aux éditions de l’Ogre

LOGO Ogre - La ferme des mastodontes de Mike Kleine

Les éditions de l’Ogre ont vu le jour en 2015 et s’amusent à nous apporter des ovnis littéraires tels que vous n’en trouverez pas ailleurs depuis leur naissance. Chaque nouvelle publication est une surprise, les éditeurs allant souvent où on ne les attend pas et nous offrant des livres parfois déroutant, parfois décourageants, parfois exaltants, toujours différents, et c’est pour ça qu’on les adore. Je crois que c’est l’éditeur que je suis le plus et dont j’achète quasi aveuglément les livres parce que je sais qu’ils me surprendront. J’aurais pu parler de beaucoup de romans ici, en particulier de ceux de Jason Hrivnak ou encore d’Ariadna Castellarnau, mais nous ne les avons pas (encore) à la bibliothèque. A la place, j’ai choisi l’un des plus étranges, « La ferme des mastodontes » de Mike Kleine.

 

De quoi ça parle?

Mike Kleine s’offre pour son premier roman une super production qui évoque aussi bien le cinéma d’auteur mi-contemplatif mi-bavard des films de Jim Jarmush des années 1990 que les dialogues absurdes et l’humour de Kevin Smith dans Clerks, et, ce faisant, met au jour avec une grande finesse le pouvoir sans limite de la fiction.

Imaginez : vous vivez en coloc’ avec James Franco ; vous habitez Los Angeles ; vous avez une Ferrari ; vous hésitez à acheter un Picasso ; votre plan cul, c’est Céline Dion ; votre vie se partage entre des soirées glamours sur des roof top et des conversations téléphoniques dépressives avec Cameron Diaz… Bienvenue dans La Ferme des Mastodontes !

 

Pourquoi ce livre?

Pour être honnête, « La ferme des mastodontes » sera peut-être le plus difficile d’accès de tous les livres dont je parlerai cette semaine. Non qu’il soit difficile à lire. L’écriture est fluide et le roman est très court. Mais il explore le monde de la pop culture moderne (surtout cinématographique) et demande une certaine connaissance de celui-ci pour comprendre toute son étrangeté et sa folie, ainsi qu’une acceptation de l’ironie, du 36ème degré et du post-modernisme pour comprendre le côté parodique et décalé de son ton.

Nous serons plongés ici dans un récit en « tu », forme assez déroutante qui va nous mettre au centre de l’histoire et nous faire ressentir plus intensément la folie de la vie du personnage principal de ce livre halluciné et hallucinant. Tout est dans dans les apparences, dans les « connaissances », dans le bling bling m’as-tu-vu au possible et dans la frime éhontée. Nous sommes à Los Angeles, ville superficielle s’il en est et nous sommes l’une de ses personnalités les plus influentes. Ce pendant 141 pages dévergondées et déjantées.

Et là, ça passe ou ça casse. Il faut accepter le délire de l’auteur pour en savourer le charme, l’audace et, même, le ridicule totalement assumé. Petit à petit, derrière cet étalage d’argent et de connaissances naît un étrange malaise qui ne nous lâchera plus. Bizarrement, à la fin arrivée trop vite, on en redemandera. Vivement le prochain roman de l’auteur chez cet éditeur. Expérience à tenter donc mais qui ne plaira pas à tous. Ce n’est pas grave, ça la rend encore plus surprenante et imprévisible.

 

On en parle sur Diacritik, sur La Viduité, sur L’Espadon et sur L’intervalle.

Semaine « petits éditeurs » – Bubblegum d’Adam Levin aux éditions Inculte

LOGO Inculte - Bubblegum Adam Levin

Les éditions Inculte sont nées en 2004, à l’initiative d’un collectif d’auteurs et de philosophes qui ont créé la revue Inculte. On retrouve publiés chez elles des auteurs comme Claro, Hélène Gaudy ou encore Alan Moore (oui, celui des comics). Nous allons nous intéresser à Adam Levin ici (non, pas celui de Maroon 5, celui qui sait vraiment écrire)(sorry not sorry) et à son second roman, « Bubblegum ».

 

De quoi ça parle?

Au cours de l’année 2015, Belt Magnet, 38 ans, entreprend d’écrire ses mémoires. Auteur d’un seul roman, il vit chez son père d’une pension d’invalidité accordée après qu’un curieux trouble mental lui a été diagnostiqué. Belt est convaincu, depuis l’âge de 12 ans, qu’il peut communiquer avec les objets, les inans comme il les appelle. En guise de thérapie, Belt s’est vu octroyer une innovation technologique : un des premiers Curios, des robots de chair et d’os capables d’empathie, de mimétisme, d’interaction avec l’humain. Ces petits animaux manufacturés sont si mignons qu’ils provoquent la pulsion de les dévorer.
Quelques années plus tard, les Curios se sont généralisés et focalisent toute l’attention. C’est dans cet environnement de légère uchronie que Bubblegum va suivre la vie de Belt Magnet, la mort prématurée de sa mère, ses amitiés adolescentes, ses questions permanentes sur le sens de la vie, le monde ou la société.

Avec un humour féroce, Bubblegum nous parle d’une Amérique étrange, d’un jeune homme aussi bizarre qu’attachant, d’un monde qui est le nôtre sans l’être tout à fait. Il y a du Salinger et du Philip Roth dans ce livre, mais il y a surtout du Adam Levin, écrivain à l’imagination débridée et à la verve irrésistible.

 

Pourquoi ce livre?

Il faut reconnaître que, de prime abord, « Bubblegum » fait peur. Ce mastodonte de 1037 pages semble impossible à finir. Mais c’est une fausse impression parce que ce roman se dévore sans faim. Déroutant au départ, il dévoile peu à peu son cœur et il vaut peut-être mieux savoir dans quoi on met les pieds pour ne pas perdre ledit pied dans un début non difficile mais qui semble complètement anecdotique (et qui a pourtant une raison d’être).

Mais de quoi parle ce roman alors, et que faut-il savoir avant de le débuter? Nous allons y suivre la vie (par fragments) d’un auteur ayant la particularité de parler aux objets, objets qui parfois lui demandent de bien avoir la gentillesse de mettre fin à leur vie. Réel pouvoir? Forme de psychose? Bonne question. Personne ne le sait, pas même le narrateur. Mais celle-ci l’amène, adolescent, à faire partie d’un programme testant pour la première fois des compagnons d’un style nouveau. Une société a créé des robots animaux de compagnie faits de chair et de sang. Ceux-ci sont si mignons qu’ils provoquent d’étranges réactions chez les humains les côtoyant. Tout cela démarre dans les années 80 et prend de l’ampleur jusqu’à ce que ces « robots », les Curios, deviennent très répandus et la source de diverses choses que je vous laisse le plaisir de découvrir.

Vous l’aurez compris, cette histoire se déroule dans un univers « alternatif », dit uchronique (un monde dans lequel, par exemple, internet n’existe pas). Nous y croiserons pourtant des personnalités connues comme les sœurs Wachowski, et d’autres plus étranges comme Fondajane Henry. Nous y suivrons l’évolution des Curios parallèle à celle du narrateur et nous découvrirons la folie humaine qui s’arroge le droit de maltraiter ses créations d’une manière atroce et difficile à lire parfois.

Le tout donne une roman qui, après un démarrage assez lent, se dévore malgré sa longueur et donne l’impression d’avoir vécu dans un monde autre pourtant si familier, peut-être un peu trop d’ailleurs. A votre avis, que signifient ces Curios? Que représentent-ils? Quel message veut faire passer l’auteur? Je serais très curieuse de pouvoir discuter de la chose avec des personnes ayant lu ce livre. A bon entendeur…

On en parle chez Charybde 27 (qui m’a donné envie de lire ce roman) et sur Un dernier livre avant la fin du monde (pas facile de trouver des avis sur ce livre, n’hésitez pas à me signaler d’autres billets de blog dans les commentaires si vous en connaissez).

Semaine « Petits éditeurs » – Une république lumineuse d’Andrés Barba chez Christian Bourgois

LOGO Christian Bourgois - Une république lumineuse Andrés Barba

Nous commençons cette semaine avec les éditions Christian Bourgois. Fondée en 1966 sous l’égide de Presses de la Cité, cette maison deviendra indépendante en 1992 et se tournera principalement vers la littérature étrangère, nous proposant des auteurs comme la nobélisée Toni Morrison, l’immense J.R.R. Tolkien, notre chouchou Laura Kasischke ou encore l’inénarrable Witold Gombrowicz. Chez Christian Bourgois, nous voulons vous conseiller aujourd’hui « Une république lumineuse » d’Andrés Barba.

 

De quoi ça parle?

Jungle au vert intense, fleuve boueux et langueur tropicale : nous sommes dans la ville de San Cristobál en 1993. Là, le pittoresque côtoie la noirceur, comme le découvre notre narrateur : jeune fonctionnaire aux affaires sociales, il doit y mettre en place un programme d’intégration des communautés indigènes de la région. Très vite, la torpeur locale est perturbée par l’arrivée d’enfants, inconnus et presque sauvages, qui pillent les rues. Mais d’où sortent tous ces enfants ? Quelle est cette langue qu’ils parlent et qui n’appartient qu’à eux ? D’abord étonnante et vaguement inquiétante, leur présence aura des conséquences tragiques. Vingt ans plus tard, l’ancien fonctionnaire se souvient et revient sur la succession d’événements ayant conduit au drame.

Dans une échappée à l’ordre établi par les adultes, Andrés Barba nous invite à redéfinir notre idée même de l’enfance avec cette grande fable qui nous hantera longtemps.

 

Pourquoi ce livre?

Je ne sais pas vous mais en ce qui me concerne, le sujet de ce livre ne me tentait pas, là où sa couverture mystérieuse m’a, elle, tout de suite fait de l’œil. Je ne pensais pas que j’allais pouvoir autant aimer ce roman en le commençant, ni que ce sujet pourrait être si fascinant.

Andrés Barba nous raconte à coup de flash-back un étrange drame qui donne l’impression de flirter avec le fantastique quand tout reste toujours on ne peut plus plausible. Il y a de l’urgence, du dérangeant et de l’obsédant dans ce roman. Le narrateur, en plongeant dans ses souvenirs, nous emmène dans un quotidien de plus en plus bizarre. Il nous parle d’un problème on ne peut plus social, mais en le nimbant d’une ambiance entre fable et conte horrifique qui le rend encore plus saisissant.

Je ne saurais expliquer ce qui, dans le style pourtant épuré et sans fioritures de Barbas, a réussi à faire naître en moi le besoin saisissant de finir d’une traite cette histoire noire, très noire, qui nous parle d’enfants connaissant tout sauf la fameuse innocence qu’on leur prête. C’est sombre, c’est intense, c’est perturbant et ça reste, longtemps. A découvrir.

On en parle aussi sur Evadez-moi, sur Culture au poing, sur Lu par Ju et sur Voyages au fil des pages.

Semaine « Petits éditeurs » – présentation

LOGOS éditeurs bannière

En attendant la rentrée littéraire qui est à nos portes, nous voulions vous faire découvrir de plus petits éditeurs que ceux qui occuperont l’esprit et les paroles des journalistes dans les semaines à venir. Souvent, des perles incroyables se cachent chez ces passionnés qui veulent éditer différemment et celles-ci ne sont malheureusement pas assez relayées par la presse qui s’intéressent plus aux noms connus ou aux « phénomènes » qu’à ce qu’un livre renferme réellement. Tout au long de cette semaine, nous allons vous présenter sept romans parus chez sept éditeurs différents qui nous ont bouleversés et marqués ces derniers temps (ils ont été lus cette année mais sont peut-être parus un peu avant pour certains). Envie de lire « autrement »? Suivez-nous dans cette aventure littéraire cette semaine (histoire que la canicule ne soit pas la seule chose à nous occuper l’esprit).

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Livres présentés:

Une république lumineuse, Andrés Barba – Christian Bourgois

Bubblegum, Adam Levin – Inculte

La ferme des mastondontes, Mike Kleine – L’Ogre

Ténèbre,  Paul Kawczak – La Peuplade

Bleuets, Maggie Neson – Sous-sol

La Fracture, Nina Allan – Tristram

Francis Rissin, Martin Mongin – Tusitala

Solénoïdes, Mircea Cartarescu – Noir sur Blanc