Lisez-vous le belge – les coups de cœur: 5. La vraie vie d’Adeline Dieudonné

« La vraie vie » d’Adeline Dieudonné chez L’Iconoclaste

De quoi ça parle?

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing.

Pourquoi ce livre?

Ce livre dur et violent ne plaira pas à tout le monde mais parle de manière marquante de la violence des hommes envers les femmes à travers la figure d’un père dominateur et effrayant. Avec une petite pointe bien sentie contre la chasse en passant, ce qui ne sera pas pour nous déplaire… On ne ressort pas de ce roman indemne, ce qui explique certainement son succès.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Encore une fois, et pour la dernière parce que nous concluons notre série des #LisezVousLeBelge avec elle, l’autrice est l’élément belge de ce livre.

Lisez-vous le belge – les coups de cœur : 4. Les yeux rouges de Myriam Leroy

« Les yeux rouges » de Myriam Leroy chez Seuil

De quoi ça parle?

Il s’appelait Denis. Il était enchanté.

Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.

Une jeune femme reçoit un message sur Facebook. C’est l’amorce d’un piège suffocant à l’heure du numérique, quand la fatalité n’a d’autre nom qu’un insidieux et inexorable harcèlement.

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

Pourquoi ce livre?

Le harcèlement en ligne reste trop banal, voire très commun quand on est une utilisatrice des réseaux sociaux. Myriam Leroy dépeint ici de manière douloureusement juste ce que subit une victime de ce type de harcèlement encore peu reconnu et auquel les autres ne donnent pas de poids. Le roman nous met directement à la place de la personne harcelée et nous fait vivre les frustrations, l’incompréhension des autres et la peur face à une personne qui semble n’avoir aucune limite et ne pas comprendre le problème avec son comportement. Nécessaire!

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’autrice, bruxelloise d’adoption et belge complètement. Et également une de nos anciens bibliothécaires d’un soir.

Lisez-vous le belge – les coups de cœur: 3. Sous le ciel des hommes de Diane Meur

« Sous le ciel des hommes » de Diane Meur chez Sabine Wespieser

De quoi ça parle?

Rien ne semble pouvoir troubler le calme du grand-duché d’Éponne. Les accords financiers y décident de la marche du monde, tout y est à sa place, et il est particulièrement difficile pour un étranger récemment arrivé de s’en faire une, dans la capitale proprette plantée au bord d’un lac.

Accueillir chez lui un migrant, et rendre compte de cette expérience, le journaliste vedette Jean-Marc Féron en voit bien l’intérêt : il ne lui reste qu’à choisir le candidat idéal pour que le livre se vende.

Ailleurs en ville, quelques amis se retrouvent pour une nouvelle séance d’écriture collective : le titre seul du pamphlet en cours – Remonter le courant, critique de la déraison capitaliste – sonne comme un pavé dans la mare endormie qu’est le micro-État.

Subtile connaisseuse des méandres de l’esprit humain, Diane Meur dévoile petit à petit la vérité de ces divers personnages, liés par des affinités que, parfois, ils ignorent eux-mêmes. Tandis que la joyeuse bande d’anticapitalistes remonte vaillamment le courant de la domination, l’adorable Hossein va opérer dans la vie de Féron un retournement bouleversant et lourd de conséquences.

C’est aussi que le pamphlet, avec sa charge d’utopie jubilatoire, déborde sur l’intrigue et éclaire le monde qu’elle campe. Il apparaît ainsi au fil des pages que ce grand-duché imaginaire et quelque peu anachronique n’est pas plus irréel que le modèle de société dans lequel nous nous débattons aujourd’hui.

Doublant sa parfaite maîtrise romanesque d’un regard malicieusement critique, Diane Meur excelle à nous interroger : sous ce ciel commun à tous les hommes, l’humanité n’a-t-elle pas, à chaque instant, le choix entre le pire et le meilleur ?

Pourquoi ce livre?

D’un sujet délicat et peut-être trop facilement tire-larmes, Diane Meur fait un roman inattendu où l’on découvre une galerie de personnages pas forcément aimables mais très intéressants et qui construiront, par leurs interactions, une histoire plus complexe que ne le laisse deviner la quatrième de couverture. C’est une belle surprise à l’écriture délicieuse et au récit incroyablement fascinant. A découvrir.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Diane Meur est née à Bruxelles, et c’est à peu près tout mais c’est déjà ça!

Lisez-vous le belge – les coups de cœur: 2. L’ombre de chacun de Mélanie Rutten

« L’ombre de chacun » de Mélanie Rutten chez MeMo

De quoi ça parle?

C’est l’histoire d’un cerf mélancolique, d’un chat sportif, d’un petit soldat perdu, d’un lapin pas assez grand et d’une ombre muette. Leurs routes se croisent et cheminent ensemble vers une montagne, près d’un volcan, au fil d’une rivière souterraine et sous la voûte étoilée…

Mélanie Rutten revient, après la tétralogie qui l’a révélée, avec un grand livre choral dans lequel il est question du temps, des astres, de la peur et de comment grandir. Cette fois, elle réalise des illustrations mêlant encre de Chine et encres de couleurs, densifiées au brou de noix, créant un univers coloré et dynamique. Un récit initiatique, où les personnages apprennent à vivre ensemble, en confrontant leurs points de vue sur la séparation, le manque et le changement.

Pourquoi ce livre?

Cet album jeunesse est constitué d’une suite de toutes petites histoires avec des personnages différents mais récurrents et, petit à petit, nous commençons à comprendre ces personnages, à voir quels sont leur(s) problème(s) et comment les autres vont les aider à le(s) surmonter. C’est tendre et gentil et, en même temps, il y a une pointe de mélancolie et une manière très juste de dépeindre les angoisses personnelles qui rendent ces histoires marquantes. Sans oublier les dessins, si beaux, si doux.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Mélanie Rutten est l’élément belge de ce livre. ^_^

Lisez-vous le belge – les coups de cœur: 1. Anaïs Nin: sur la mer des mensonges de Léonie Bischoff

« Anaïs Nin: sur la mer des mensonges » de Léonie Bischoff chez Casterman

De quoi ça parle?

Début des années 30. Anaïs Nin vit en banlieue parisienne et lutte contre l’angoisse de sa vie d’épouse de banquier. Plusieurs fois déracinée, elle a grandi entre 2 continents, 3 langues, et peine à trouver sa place dans une société qui relègue les femmes à des seconds rôles. Elle veut être écrivain, et s’est inventé, depuis l’enfance, une échappatoire : son journal. Il est sa drogue, son compagnon, son double, celui qui lui permet d’explorer la complexité de ses sentiments et de percevoir la sensualité qui couve en elle. C’est alors qu’elle rencontre Henry Miller, une révélation qui s’avère la 1re étape vers de grands bouleversements.

Pourquoi ce livre?

Anaïs Nin est un personnage immense et une artiste admirable, il fallait une autrice de BD incroyable pour réussir à donner vie à son histoire en images. Léonie Bischoff a fait cela à la perfection et mérite toute l’attention que sa BD attire pour l’instant, je lui souhaite le prix d’Angoulême, elle le mérite assurément. Tout cela pour dire que cette « Sur la mer des mensonges » a non seulement une histoire forte et prenante mais également un graphisme d’une beauté à couper le souffle. L’ensemble donne un livre à absolument avoir dans sa bibliothèque, aussi bien en tant qu’éventuelle porte d’entrée dans l’œuvre de Nin que pour l’intérêt de celui-ci en lui-même.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Léonie Bischoff vit en Belgique, à Bruxelles, et a même été un de nos bibliothécaires d’un soir.

Lisez-vous le belge – la poésie: 4. Le silence a grandi de Françoise Lison-Leroy

« Le silence a grandi » de Françoise Lison-Leroy chez Rougerie

De quoi ça parle?

Vous êtes le prince enfui qui n’a lieu pour personne. Vous avez franchi le mur, renversé la hutte de nos bras tendus. Plus loin que l’effroi, se dresse à contre-ciel un corps marbré. Nous n’avons pas la clé qui sauve. Et vous êtes dedans.

Pourquoi ce livre?

Ce recueil de trois poèmes commence par une histoire à la deuxième personne qui nous donne l’impression de rentrer dans un conte et qui nous emporte loin, très loin. Nous redescendons ensuite dans les deux autres poèmes plus ancrés dans notre monde mais qui nous guident encore à travers les sensations, ceux-ci continuant à s’adresser directement au lecteur. C’est une expérience assez enivrante.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Françoise Lison-Leroy est une autrice bien de chez nous, du Pays des Collines, de Wodecq très précisément.

Lisez-vous le belge – la poésie: 3. Le jour coude-à-coude de Colette Nys-Mazure et illustré par Camille Nicolle

Le jour coude-à-coude de Colette Nys-Mazure et illustré par Camille Nicolle chez Esperluète

De quoi ça parle?

 J’ai passionnément requis un refuge, un antre, un abri où façonner ces poèmes, les lier, les relier. Je voulais me dérober aux rais de l’immédiat, m’éclipser, ignorer le chantier voisin, l’irruption du téléphone, les visites impromptues.

L’aube arrive. Pour l’écrivaine, elle est féconde. Elle se retire de l’agitation naissante, fait un pas de côté pour mieux observer le monde qui l’entoure, avant d’y revenir, alerte, à l’écoute et disponible.
Colette Nys-Mazure évoque l’excitation du nouveau projet qui prend aux tripes, mais aussi l’angoisse de l’écriture, le saut dans le vide, et surtout la nécessaire confiance dans le processus journalier.

À partir de quand cesse-t-on de regarder vers l’avenir et regarde-t-on les souvenirs, le passé ? quelle place trouver dans le tumulte du monde ? quel juste endroit pour le poète ?

Colette Nys livre ici des poèmes simples, généreux, d’une écriture à fleur de peau ; de courts textes autobiographiques emmènent le lecteur vers un territoire commun. Elle met en mots ce qui la fait vibrer, lui donne envie de s’éveiller chaque matin; ce qui l’inquiète, la nuit tombée. Elle parle de l’âge, des amis proches en allés, de l’absence et du souvenir. Mais aussi de la vie qui jaillit, du jour qui nous hèle chaque matin les uns près des autres, coude-à-coude.

Camille Nicolle accompagne le texte de ses formes en aplats qui font émerger la lumière. Un cheminement progresse dans le livre sous forme de rais de lumière tantôt phares tantôt lucioles, qui accompagnent, devancent ou attendent les mots.

Pourquoi ce livre?

Recueil touchant et émouvant habité par le deuil et une certaine mélancolie latente, « Le jour coude-à-coude » invite à réfléchir à la perte et à la reconstruction. Le tout est délicatement illustré par Camille Nicolle qui a su accompagner la douceur de ce que nous raconte ici Colette Nys-Mazure.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

A peu près tout, de l’autrice et de l’illustratrice à l’éditeur en passant même par l’imprimeur. On aimerait bien estampiller ce livre 100% belge.

Lisez-vous le belge – la poésie: 2. Disparue de Catherine Barsics

« Disparue » de Catherine Barsics chez l’Arbre à paroles dans la collection iF

De quoi ça parle?

Quelqu’un a une carte

et sait nous répartir ;

quelqu’un a une carte

et veut nous réparer

Quelqu’un de la télé

s’est préparé au pire

cherchez des traces de lutte

S’est-elle débattue ?

voulait-elle se défendre ?

nous voudrions comprendre.

Quelqu’un de la télé

vient voir comment le vent

nous écorche les joues.

En mars 1998, Suzanne Gloria Lyall, 19 ans, disparaît dans l’état de New York. Je prends connaissance de cette disparition au travers du travail photographique de Virginie Rebetez, publié chez MetaBooks. Ces images me marquent durablement. Je recueille des informations autour de ce fait divers, et j’écris. Je me passionne pour les forums internet consacrés au True crime, pour les nombreux podcasts américains qui traitent de disparitions et d’affaires irrésolues. Ils enrichissent l’aspect documentaire de Disparue. Le fait divers mérite qu’on lui accorde une attention particulière, en tant que témoignage d’un lieu, d’une époque, en tant qu’interrogation sur l’individu et l’identité. Travailler cette matière de façon poétique permet de transmettre, par la structure et la musique du texte, la recherche d’identité perdue, les tâtonnements de l’enquête, la tentative d’approcher au plus juste la vie et les derniers instants connus de la disparue, et enfin de faire percevoir le vide envahissant de l’absence de Suzanne. L’enquête poétique offre au lecteur de trouver son propre chemin parmi les bribes de souvenirs et indices, de fabriquer sa propre idée du destin de Suzanne. Le recueil interroge aussi, de manière plus générale, notre rapport à l’enfance et à l’adolescence.

Pourquoi ce livre?

« Disparue » est une expérience poétique étrange qui m’a beaucoup fait penser à Maggie Nelson. Nous sommes entre nostalgie et « true crime » dans une histoire de disparition qui se construit autour de l’expression du mystère de l’absence et du manque. Intrigant…

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Là encore, nous avons affaire à une poétesse belge résidant à Liège. Décidément, il y a quelque chose qui inspire de ce côté-là de la Belgique!

Lisez-vous le belge – la poésie: 1. Brûler Brûler Brûler de Lisette Lombé

« Brûler Brûler Brûler » de Lisette Lombé chez L’Iconoclaste, collection L’Iconopop

De quoi ça parle?

« Te faire douter.

Te faire avoir peur.

Te faire avoir honte

De ta couleur.

Qui oubliera ?

Qu’à un noir,

On disait tu… »

Antiracistes, féministes, politiques, les mots de Lisette Lombé font battre le pavé et le cœur. Le poing levé, à coups de mots et de collages, elle dénonce les injustices et poursuit le combat de ses aînées, d’Angela Davis à Toni Morrison.

Pourquoi ce livre?

Parce que la poésie, ce n’est pas que doux et contemplatif, c’est aussi vif, enragé et brûlant. Lisette Lombé nous embarque dans le rythme du slam et nous envoûte avec ses mots qui touchent juste, expriment la colère et ouvrent les consciences, chose on ne peut plus nécessaire de nos jours. Les sujets qu’elle aborde sont divers et variés mais tous d’actualités. On aimerait donner à lire ce recueil aux étudiants du secondaire (coucou les profs de français ;-p).

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Lisette Lombé elle-même, qui vit à Liège et nous parle du racisme qui existe aussi en Belgique, n’en déplaise à certains.

Lisez-vous le belge – les éditeurs: 5. L’Employé du Moi avec Airpussy d’Ulli Lust

« Airpussy » d’Ulli Lust chez L’Employé du Moi

De quoi ça parle?

À la fin de l’hiver, la déesse s’extirpe des enfers pour venir à la rencontre de son amant. Telle la nature endormie revenant à la vie, ils célèbrent, ensemble dans un jeu amoureux, le début de ce nouveau cycle. Inspiré par les mythes antiques du mariage sacré entre les divinités, Airpussy est un récit tout aussi mutique que symbolique, qui s’en remet à tous nos sens. Dans cette transfiguration contemporaine, une Vénus 2.0 nous invite à l’accompagner dans une déambulation érotique à travers la ville. La recherche des sexualités — dans toutes leurs formes et leurs genres — lui permettra d’envisager ses fantasmes et de la hisser, peut-être, vers ce fameux septième ciel.

Cet ensemble allégorique, soutenu d’une belle bichromie, résolument séducteur et sensiblement provocant compose le premier livre d’Ulli Lust publié en Français. On retrouvera, d’ailleurs, dans les œuvres plus récentes de l’autrice autrichienne — Trop n’est pas assez et Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien aux Éditions Çà et là — les thématiques liées aux questions de la sexualité au féminin, la quête du plaisir, l’amour, le désir et la passion.

Pourquoi ce livre?

Alors, on préfère vous prévenir tout de suite, cette BD est très épicée et est donc à mettre dans des mains averties (nous n’aimons pas donner d’âge, ça dépend de la maturité et de la curiosité de chacun). « Airpussy » est une BD muette très drôle et coquine qui amusera beaucoup ceux qui la liront.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’Employé du Moi est une maison d’édition belge de BD au catalogue varié et étonnant. On peut notamment retrouver chez eux les BD de Charlie Forman dont ont été tirées les séries Netflix « The End of the Fucking World » et « I’m Not Okay With This » ou encore Memet, dont nous vous parlions dans les coups de coeur BD de cette série #LisezVousLeBelge.