Coups de cœur BD mars 2017 – addendum: Paul a un travail d’été de Michel Rabagliati

Paul a un travail d'été de Michel Rabagliati chez La Pastèque

Au Centre de Lecture, on est des grands fans de Michel Rabagliati. C’est un auteur qui arrive à nous surprendre et à nous émouvoir avec ses récits (extra-) »ordinaires ». Nous rentrons dans le quotidien de Paul, nous découvrons des moments de sa vie et tout à coup, paf, quelque chose nous rattrape et nous ne sommes plus seulement témoins, nous revivons avec lui son histoire personnelle dans une sorte de nostalgie douce-amère qui reste encore un peu la dernière page tournée.

Dans le dernier tome des aventures de Paul acheté au Centre de Lecture, le personnage a 17 ans. Il vient de quitter l’école deux mois avant l’obtention de son diplôme suite à une vexation outrageuse de trop et se retrouve à devoir travailler. Après un bref passage dans une imprimerie, Paul trouvera par hasard une place de moniteur dans un camp de vacances. Job d’entre-deux, encore ancré dans l’enfance et pourtant lui montrant la nécessité d’adopter un comportement plus responsable, ce travail lui fera vivre des expériences ordinaires et pourtant marquantes. Et nous grandissons avec lui au fil des pages.

Ça semble simple dit comme ça. Ça l’est d’une certaine manière. Mais dans cette simplicité se cache une universalité discrètement amenée par un auteur qui arrive à nous manipuler tout en douceur. A chaque fois on se fait avoir. Et on aime ça!

Coups de cœur BD mars 2017 – O.M.W.O.T. (Prédateur de la Terreur) de Benjamin Marra

OMWOT One Man War On Terror de Benjamin Marra chez Les Requins Marteaux

Bon, avant de commencer cette chronique, un petit avertissement est de rigueur: si la violence gratuite, la stupidité bien crasse, l’humour (très) noir ou les séries B tendance Z vous insupportent (ou si vous avez moins de 16 ans… 15 ans?), il vaudrait mieux passer votre chemin pour une fois. C’est que « O.M.W.O.T. », aka « One Man War On Terror » ou « Prédateur de la Terreur » en français, est tout sauf une BD délicate, élégante et subtile. Et c’est un peu (beaucoup) pour ça qu’on l’aime autant.

L’agent secret/héros/surhomme/tombeur de tout ce qui respire de cette histoire a un ennemi: la TERREUR. Il lutte sans faille contre les méchants, les dézingue à tout va puis couche avec les survivants se pâmant devant sa Grandeur et sa Force. Enfin, quand on dit « puis », un « et en même temps » aurait été plus juste. Et… voilà à peu près tout ce que raconte cette BD, qui s’amuse à parodier les films d’action (et érotiques/pornos, aussi) en fusionnant les Jean-Claude Van Damme, Dolph Lundgren et autres Steven Seagal en un personnage hilarant et indestructible. C’est absurde, loufoque et aussi drôle que la plus mauvaise des séries Z. Mais il vaut mieux être amateur de ce genre d’histoires pour lire « O.M.W.O.T. », autrement vous risquez de juste trouver ça bête et méchant. Nous, on est fan de nanars et on redemande de cette version BD de la chose.

« O.M.W.O.T. » ne plaira donc pas à tous, ne sera pas pour tous mais si vous êtes du style à aimer voir Bruce Willis abattre un hélicoptère avec une voiture, n’hésitez pas, vous allez prendre votre pied avec cette BD! Merci les Requins Marteaux, on peut encore en avoir un peu?

 

 

 

 

 

Coups de cœur BD mars 2017 – « Le mari de mon frère » de Gengoroh Tagame

Le Mari de mon Frère de Gengoro Tagame chez Akata

Les récits de famille sont souvent délicats à construire. Il faut être émouvant sans faire dans le dégoulinant pour autant, toucher à l’universel mais en racontant une histoire particulière originale. Puis, idéalement, il faut pouvoir parler à un large public. Tant qu’à faire. Et il faut dire que la série « Le mari de mon frère » fait tout cela et même plus encore.

Gengoroh Tagame nous offre ici une série de mangas incroyablement doux et subtils prônant la tolérance sans faire de leçons de morale pour autant. Il nous parle d’un homme vivant seul avec sa petite fille. Son frère jumeau vient de mourir. Il ne le connaissait plus vraiment, ce dernier étant parti vivre au Canada la décennie précédente. Et débarque soudainement le veuf canadien de ce frère perdu, du style gros bucheron bien poilu mais tellement tendre et gentil. La fillette s’attachera tout de suite à cet oncle nouvellement découvert alors que son père aura quelques difficultés à l’accepter, difficultés dues à ses habitudes plus retenues de Japonais mais également à quelques préjugés d’une homophobie ordinaire bien trop répandue, encore de nos jours. Heureusement, ces préjugés seront à chaque fois oubliés grâce à la tolérance joyeuse et insouciante de sa petite découvrant l’homosexualité et acceptant sans problème celle-ci (démontrant par là-même que ces préjugés ne viennent pas des plus petits mais sont inculqués dans leurs esprits par les adultes qu’ils fréquentent).

Ainsi, nous suivons la vie ordinaire de cette famille nouvellement réunie. Et, bizarrement, l’alchimie entre ces êtres que tout oppose fonctionne et on se retrouve bien vite à être ému par de simples choses et de chouettes réflexions.

Nous souhaiterions mettre ces mangas entre toutes les mains tellement ils sont à la fois facile à aimer – et ce sans pour autant verser dans les travers insupportables de ce type de récits – et très simples à comprendre quand ils abordent des questions en rapport avec l’homosexualité (le mariage, le coming out, etc.). Mangez-en, c’est du bon, du léger tout doux sans être trop sucré. Que demander de plus?

Coups de cœur BD mars 2017 – « Shangri-La » de Mathieu Bablet

Shangri-La de Mathieu Bablet chez Ankama

Au Centre de Lecture, on aime la science-fiction (et c’est peu dire). Celle qu’on préfère, c’est cette SF qui dénonce les travers de notre société actuelle en les projetant dans le futur et qui le fait en nous amenant à ressentir un vertige incroyable face aux idées qu’elle nous présente. La SF qui fait réfléchir, qui marque et qui nous change. Pourquoi cette déclaration d’amour à un genre trop souvent mal aimé (surtout car trop mal connu)? Parce que « Shangri-La » est de ces histoires science-fictionnesques incroyables qui resteront avec nous longtemps.

Dans cette BD, l’humanité vit dans une station spatiale depuis que la terre n’est plus habitable. Plus de racisme, on vient tous du même endroit maintenant. Enfin, quand on dit plus de racisme, il faut reconnaître que la haine de l’Autre s’est reportée sur des hybrides animaux qui parlent et pensent mais ne sont pas considérés comme nos égaux alors qu’ils ne sont plus bien différents de nous. Dans ce monde clos, l’économie gouverne tout, la consommation est encouragée, poussée à son paroxysme. Et l’homme est maintenant obsédé par l’idée de créer un Être humanoïde supérieur, « parfait », pour recommencer ailleurs ce qui a été raté sur la terre. Mais quel est le prix à payer pour pouvoir devenir un dieu…?

Mathieu Bablet arrive ici à construire un récit riche et complexe dans un univers à la fois effrayant et oppressant. En opposant l’exiguïté étouffante de la station à la grandeur vertigineuse de l’espace autour de celle-ci, il travaille nos peurs tout comme nos fantasmes et nous interroge, beaucoup. Mais il ne s’arrête pas à un scénario intéressant. L’auteur a réussi à également fournir un travail graphique superbe et une mise en scène élaborée, rendant son œuvre également aussi à regarder qu’à explorer, ce qui est parfois une chose manquant aux récits de SF en BD.

Nous ne pouvons donc que vous conseiller « Shangri-La », BD qui pourra vous montrer de quoi la science-fiction est capable si vous pensez ne pas aimer le genre et qui vous convaincra à coup sûr si vous êtes un aficionado de celui-ci.

 

Coups de cœur BD mars 2017 – « La geste d’Aglaé » d’Anne Simon

La geste d'Aglaé d'Anne Simon chez Misma

Après une aventure sans lendemain, Aglaé se retrouve enceinte et obligée de fuir sa famille. Elle atterrit dans un cirque et découvre qu’en tant que (future) mère célibataire, elle risque la peine de mort (pas moins). Mr Kite (oui, oui, celui de la chanson des Beattles)(ou tout du moins nous l’espérons), qui dirige ce cirque, s’enamoure de la jeune femme indépendante et lui propose le mariage pour la sauver. Elle accepte sans joie (et sans choix) et se retrouve piégée dans une vie qui ne lui convient pas, avec des enfants qu’elle n’a pas souhaité avoir. Comment fera-t-elle pour sortir de cette existence étriquée, piégée dans un royaume misogyne? La réponse à cette question est des plus inattendues. Mais il fallait bien cela pour que son histoire se transforme en geste.

Aglaé n’est pas forcément une héroïne « aimable ». Elle n’en reste pas moins une protagoniste incroyablement intéressante et dont l’histoire soulève des questions plus que pertinentes et entraîne des dénonciations importantes. Petit à petit, le récit qui semblait être sage devient audacieux et engagé, pour se terminer par une question/résolution qui nous a réellement plu. Merci à Anne Simon d’avoir eu l’audace d’exploiter son sujet jusqu’au bout de ses possibilités, ce qui est somme toute assez rare!

Dès lors, nous ne pouvons que vous recommander cette perle qui ne laisse pas deviner de prime abord toutes les richesses qu’elle renferme et qui se révèle bien loin d’être anecdotique. Une petite merveille engagée comme on aimerait en lire plus souvent!

 

 

Coups de coeur BD mars 2017 – « De la Chevalerie » de Juliette Mancini

De la Chevalerie de Juliette Mancini chez Atrabile

Ah, le Moyen Age, ses demoiselles en détresse, ses preux chevaliers, ses grandes croisades, ses valeurs, ses exploits!

Ou pas.

Avec « De la Chevalerie », Juliette Mancini s’amuse à porter un regard piquant et critique sur cette époque que la littérature idéalise habituellement. Elle transforme à sa propre sauce cette période historique souvent plus fantasmée que fidèlement décrite. Et pourtant, sa vision semble plus proche de la réalité que bien d’autres… Les guerres sont stupides et affreuses, les femmes essaient de s’échapper de leur condition et le clergé est corrompu au possible.

La série de sketchs que Juliette Mancini nous propose dans cet album oscille entre moments capturés et esthétique de la répétition qui donnera du sens à une suite de concepts. L’ensemble peut être lu à différent degrés, juste pour son humour cynique ou alors pour ses analyses d’un monde qui n’a pas tant disparu que ça quand on y pense.

Derrière des dessins crayonnés faussement naïfs, l’ensemble s’avère délicieux, pertinent et intelligent. Nous, on adore et on attend avec impatience la suite de l’œuvre de cette jeune auteur dont les débuts sont plus que prometteurs!

Coups de cœur BD mars 2017 – « Morgane » de Kansara & Fert

Morgane kansara Fert

La légende arthurienne a été lue et relue jusqu’à plus soif par la moitié des auteurs de cette planète. Au moins. Il faut donc aller chercher vraiment loin pour apporter une vision unique et différente de celle-ci. C’est pourtant ce que réussissent à faire Simon Kansara et Stéphane Fert dans « Morgane », BD qui se penche sur le personnage éponyme. Les auteurs nous font découvrir une femme intelligente, ambitieuse, effrayante et pourtant touchante.

L’entre-deux, le côté trouble sans être machiavélique est rare chez les personnages féminins auxquel on réserve habituellement peu de nuances entre « gentilles » et « méchantes ». Nous ne pouvons donc qu’exulter lors de la rencontre d’une femme ni réellement bonne, ni tout à fait mauvaise dans un roman ou une BD. La Morgane de Fert et Kansara sait ce qu’elle veut, va loin pour l’obtenir mais a la capacité de remettre en question ses actions et de réfléchir à ce qu’elle est prête à faire pour le pouvoir. Elle semble odieuse de prime abord, elle se complexifie au fil des pages et de l’histoire.

Mais la beauté du personnage féminin mis en avant dans cette geste arthurienne différente n’est pas la seule qualité de « Morgane ». Il nous faut également évoquer le travail graphique incroyable qui séduit immédiatement et le traitement des couleurs vraiment intéressant et recherché. Visuellement, cette BD en jette, et pas qu’un peu. Soyons clairs là-dessus.

« Morgane » est donc une BD aussi riche visuellement que scénaristiquement et on en redemande. Encore!