#MarsAuFeminin – Gabrielle Wittkop : Sérénissime assassinat

« Sérénissime Assassinat » de Gabrielle Wittkop chez Verticales

De quoi ça parle ?

Dans la Venise du XVIIIe siècle, dont l’âme et l’esprit sont admirablement recréés par des toiles de fond empruntées aux grands maîtres de la peinture italienne, une inquiétante affaire d’empoisonnement secoue la demeure d’Alvise Lanza dont les épouses successives décèdent inexplicablement. Dans ces somptueux décors, «des femmes gorgées de venin vont (en) crever comme des outres», tandis que la Sérénissime vit ses derniers instants de gloire.
Certes, les coupables ne manquent pas, et il est facile d’échafauder des mobiles dans cette cité des miroirs où tout n’est que faux-semblant. Mais Gabrielle Wittkop ne se laisse jamais prendre au piège de l’énigme policière. Son écriture est comme ces miroirs brisés dont chaque fragment offre un nouveau regard sur l’écorce des choses. Cette écorce renferme un noyau, elle est le véhicule qui mène jusqu’à lui. Mais plus que la résolution du crime, dont les détours labyrinthiques de l’histoire finissent par nous livrer l’explication, ce qui importe est tout entier dans la surface, subrepticement disséminée dans les fragments d’un récit qui oscille constamment entre les temporalités, entre les personnages, entres les crimes, entre les soupçons.

Qui est l’autrice ?

Gabrielle Wittkop est une autrice française née en 1920 et morte en 2002. Ses romans sont audacieux, d’un écriture élégante et d’un ton souvent dérangeant.

Pourquoi ce livre ?

Ce tout petit livre joue avec les codes de la littérature, s’adresse au lecteur, déconstruit son récit et nous livre une petite enquête délicieusement perverse qui sert de prétexte à une écriture superbe et malsaine à la fois. Etrange, perturbant, délicieux pourtant.

#MarsAuFeminin – Hilda Hilst : L’obscure Madame D

^ »L’obscène Madame D suivi de Le Chien » d’Hilda Hilst chez L’Arpenteur

De quoi ça parle ?

«Je me suis vue écartée du centre d’une chose que je ne sais comment nommer, mais ce n’est certes pas une raison pour que, moi Hillé, théophage incestueuse dite également par Ehud Madame D, moi Néant, Nom de Personne, je sacrifie aux autels après soixante années vécues en quête de la lumière, soixante années dans une cécité silencieuse, employées à chercher le sens des choses. Déréliction, me disait Ehud, Déréliction – une fois pour toutes, Hillé – signifie abandon, détresse, pourquoi le redemandes-tu chaque jour que Dieu fait et tu ne retiens jamais, à dater de ce jour, Hillé, tu seras Madame D, D de Déréliction, tu as compris ?»

Qui est l’autrice ?

Hilda Hilst est une poétesse brésilienne qui s’est également essayée aux romans et aux pièces de théâtre. Elle est née en 1930 et morte en 2004.

Pourquoi ce livre ?

Ce recueil de deux nouvelles est très déstabilisant. Dans la première histoire, la plus longue et la plus marquante, celle qui donne son titre au livre, l’autrice nous met dans la tête d’une personne qui sombre peu à peu dans une certaine forme de folie et il faut accepter de perdre pied pour rentrer dans ce délire littéraire incroyablement audacieux et marquant. Une petite merveille !

#MarsAuFeminin – Olga Tocarczuk : Les Pérégrins

« Les Pérégrins », Olga Tokarczuk chez Noir sur Blanc

De quoi ça parle ?

Les Pérégrins, sans doute le meilleur livre d’Olga Tokarczuk, n’est pas un « livre de voyage », mais un livre sur le phénomène du voyage. Pour les Bieguny (c’est-à-dire marcheurs ou pérégrins), une secte de l’ancienne Russie, le fait de rester au même endroit rendait l’homme plus vulnérable aux attaques du Mal, tandis qu’un déplacement incessant le mettait sur la voie du Salut. S’ils sont des hommes et des femmes de notre temps, les personnages du livre d’Olga Tokarczuk ont peut-être une motivation similaire. Mais davantage que le Salut, ils semblent poursuivre l’idée qu’ils se font de leur liberté. En une myriade de textes courts, l’auteur compose ici un panorama coloré du nomadisme moderne. À travers les livres et à travers le monde d’aujourd’hui, dans les lieux et les non-lieux de ses voyages, Olga Tokarczuk a ressemblé des histoires, des images et des situations qui nous éclairent sur un monde à la fois connu et absolument mystérieux, mouvant réseau de flux et de correspondances… Une femme qui s’occupe d’un enfant handicapé décide un jour de ne pas rentrer à la maison ; une mère prend son enfant et quitte son mari au cours de vacances en Croatie ; le cœur de Chopin, placé à sa mort dans une jarre de cognac, est transporté jusqu’en Pologne par sa sœur Ludwika ; Anouchka, qui a une famille et une vie sociale, décide soudain d’aller vivre dans le métro de Moscou… Une multiplicité de réflexions, de micro-récits et de choses vues, sur les zones de transit, les hôtels, le hasard des rencontres, le tourisme exotique et la baraques à souvenirs. Avec sa foi dans l’intelligence du lecteur, Olga Tokarczuk ouvre pour nous mille et une pistes d’étonnement et de découvertes.

Qui est l’autrice ?

Olga Tocarczuk est une autrice polonaise qui a reçu le prix Nobel de littérature en 2018.

Pourquoi ce livre ?

Lire sur le voyage en période de COVID peut relever du masochisme, et pourtant « Les Pérégrins » parle de la beauté de la découverte et du trajet sans réveiller d’amertume. Cet étrange livre, pas vraiment recueil de nouvelles, pas vraiment roman, est constitué de morceaux qui sont autant de réflexions sur divers sujets liés au voyage mais également, de manière surprenante, à la conservation des corps. C’est étrange, bizarre mais complètement fascinant.

#MarsAuFeminin – Clarice Lispector : Agua Viva

« Agua Viva » de Clarice Lispector chez des femmes – Antoinette Fouque

De quoi ça parle ?

« Et je veux capturer le présent qui, par sa nature même, m’est interdit […].
Mon thème est l’instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois que d’instants qui s’écoulent, fragmentaire que je suis et précaires les moments – je ne me m’engage qu’avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : c’est seulement dans le temps qu’il y a de l’espace pour moi. […]
La musique ne se comprend pas : elle s’entend. Entends-moi alors avec ton corps tout entier. Quand tu arriveras à me lire, tu demanderas pourquoi je ne m’en tiens pas à la peinture et à mes expositions, puisque j’écris rude et de façon désordonnée. C’est que maintenant je sens le besoin de mots – et c’est nouveau pour moi ce que j’écris parce que ma vraie parole est restée jusqu’à présent intouchée. La parole est ma quatrième dimension. […]» C. L.

« Ce texte que je te donne n’est pas fait pour être vu de près : il gagne sa rondeur secrète auparavant invisible quand il est vu d’un avion volant à haute altitude. Alors on devine le jeu des îles et on voit les canaux et les mers. Comprends-moi : je t’écris une onomatopée, convulsion du langage. Je te transmets non pas une histoire mais seulement des mots qui vivent du son. » C. L.

Qui est l’autrice ?

Clarice Lispector est une autrice brésilienne dont les livres sont considérés comme de grands classiques dans son pays mais qui est malheureusement encore trop peu connue des francophones. Elle est née en 1920 et morte en 1977.

Pourquoi ce livre ?

Ce livre a été un énorme coup de cœur, son écriture ne ressemble à rien de ce que vous connaissez, elle est comme le chaînon manquant entre la poésie et la prose. L’autrice essaie d’incarner ici un flot de pensée et nous emmène dans sa tête, nous faisant ressentir intensément ce qu’elle pense. C’est une expérience unique et intense qui a redéfinit mes attentes littéraires.

#MarsAuFeminin – Lou Sarabadzic : Eloge poétique du lubrifiant

Couverture du livre « Eloge poétique du lubrifiant » de Lou Sarabadzic publié chez le Nouvel Attila

De quoi ça parle ?

Dans cet éloge du lubrifiant, Lou Sarabadzic bouscule les idées reçues, joue avec le sexe, propose des alternatives aux plaisirs sexuels trop orthonormés, souvent peu satisfaisants ou même blessants. Les personnages de ces récits, des hommes et des femmes de tous les jours, tous les âges et toutes les orientations, pensent leurs baises, en parlent, les poétisent. Entre parodies de La Bohème, horoscopes, manifestes, de la sexualité vue comme un terrain déminé, de consentement et d’émancipation.

Qui est l’autrice ?

Lou Serabadzic est une française vivant aux Royaumes-Unis. Romancière, poétesse et blogueuse, elle anime également des ateliers d’écriture.

Pourquoi ce livre ?

Parce qu’en plus d’expliquer poétiquement les avantages et bonnes utilisations des lubrifiants, il propose un éventail de réflexions, poèmes et petites histoires sur toutes sortes de sexualités féminines, de la grand-mère veuve à la femme après accouchement, en passant par l’asexuelle. Le maître mot de ce livre est l’acceptation, acceptation de soi et de ses appétits, importants ou inexistants, acceptation de l’autre et de ses maladresses également. C’est drôle, c’est doux et ça fait du bien par où sa passe. Avec lubrifiant de préférence bien sûr.

#MarsAuFeminin – A la découverte d’autrices

Logo de l’opération « Mars au féminin »

La journée internationale des DROITS des femmes nous paraît le bon jour pour démarrer notre participation à #MarsAuFeminin. Cette semaine, nous vous proposons de vous faire découvrir des autrices moins connues ou moins lues que nous adorons. Le programme est simple:

Un jour – une autrice – une œuvre

Envie de nous faire découvrir vos autrices également ? N’hésitez pas à nous laisser des suggestions dans les commentaires .

Nous vous parlons de:

Lundi : Lou Sarabadzic: Éloge poétique du lubrifiant

Mardi : Clarice Lispector: Agua Viva

Mercredi : Olga Tocarczuk: Les Pérégrins

Jeudi : Hilda Hilst: L’obscène Madame D

Vendredi : Gabrielle Wittkop: Sérénissime assassinat

DECALOG: nouveau programme de la bibliothèque et portail en ligne

Depuis le 25 janvier 2021, le Centre de Lecture publique de Mont-de-l’Enclus a rejoint l’aventure DECALOG, un nouveau programme de gestion de bibliothèques, ce sous la tutelle de la Province du Hainaut et avec de nombreuses autres bibliothèques du réseau.

Qu’est-ce que cela change pour vous? Deux choses.

CHANGEMENT DES RÈGLES DE PRÊT:

A partir du 1er janvier, nous avons changé la durée des prêts. Maintenant, vous pouvez emprunter des livres pour un mois (prolongeable) et si vous avez 18 ans et plus, les prêts sont à 20 centimes (la carte prépayée est toujours d’application pour ceux qui veulent l’utiliser, elle est à 2€ pour 12 prêts et 5€ pour 30 prêts). Les prêts et l’inscription pour les moins de 18 ans et les associations restent gratuits.

A noter que pour l’instant, à cause du COVID, prêts et inscriptions sont gratuits pour tous pour éviter les échanges d’argents.

ACCÈS AU PORTAIL EN LIGNE:

DECALOG propose un portail commun aux bibliothèques de la Province du Hainaut avec accès à un catalogue en ligne et à des informations sur votre bibliothèque.

a) Le portail

Pour y accéder, vous devez vous rendre sur https://bibliotheques.hainaut.be/

Capture d’écran de la page d’accueil du site https://bibliotheques.hainaut.be/

Là vous pouvez soit faire une recherche générale (voir point c)), soit chercher le Centre de Lecture de Mont-de-l’Enclus en sélectionnant « Les bibliothèques » et en nous recherchant dans les choix proposés (ce sera bientôt un menu déroulant à la place des tags).

Menu qui s’affiche quand on passe sur la partie « Les bibliothèques » de la page d’accueil du portail et qui permet de choisir « Centre de Lecture publique de Mont-de-l’Enclus »

b) La page du Centre de Lecture publique de Mont-de-l’Enclus

Quand vous serez sur notre page, vous verrez les couleurs et le logo de la bibliothèque.

Page d’accueil du portail spécifique à notre bibliothèque

Les actualités (qui deviendront plus nombreuses avec le temps) s’affichent sur la page d’accueil.

Comment accéder au menu (à gauche, qui ouvre les options sur le haut de l’écran)

Un menu à gauche permet d’accéder à différentes options, comme l’agenda (vide pour l’instant, il sera de nouveau rempli quand les activités reprendront) ou encore les informations sur notre bibliothèque (choisir « Informations pratiques » –> « Bibliothèques et/ou haltes du bibliobus »).

Dans l’option « Informations pratiques », choisir « Bibliothèques et/ou haltes du bibliobus »
La page de la localisation de la bibliothèque s’affiche, descendre pour cliquer sur le cadre intitulé « Mont-de-l’Enclus – Bibliothèque communale » pour avoir les horaires et informations de contact
Page avec les horaires et autres informations pratiques

c) Rechercher un livre dans le catalogue

A partir de notre page (ou à partir de la page d’accueil de base du portail), vous pouvez rechercher un livre pour voir si nous l’avons et s’il est en prêt actuellement. Il suffit de mettre le titre ou l’auteur dans la barre de recherche. Sur la gauche vous verrez les bibliothèques où le livre est disponible. Si vous avez fait une recherche à partir de notre page et non de la page principal, le Centre de Lecture se mettra en premier si nous avons le livre. Si nous l’avons bien, vous pouvez cliquer sur le livre pour voir s’il est disponible ou non.

Mettre le nom de l’auteur ou le titre recherché dans la barre de recherche – avec la loupe (attention à ce que l’orthographe soit exacte autrement vous ne trouverez pas le livre)
Si le livre est là, il apparaît dans les résultats et les bibliothèques le possédant s’affichent à gauche. Vérifier qu’on est dans la liste et cliquer sur le livre pour voir sa disponibilité
En dessous du descriptif, vous pourrez voir si le livre est disponible ou prêté
Si le livre est dans d’autres bibliothèques, vous pourrez le voir d’abord dans la colonne de gauche sur la page des recherches, qui affiche les bibliothèques possédant un exemplaire
En rentrant dans la fiche du livre, vous pourrez voir où il est disponible. Nous pourrons le demander pour vous en prêt inter, à condition que ce soit un document qui puisse être prêté dans le cadre du prêt inter (les nouveautés et certains documents ne sont pas prêtables de cette manière)

A noter que les réservations et les inscriptions ne sont pour l’instant pas possibles via le portail pour le Centre de lecture. Si vous voulez vous inscrire au portail pour voir où en sont vos prêts, vous pouvez venir nous donner votre accord et votre adresse mail et l’activation se fera automatiquement. Un mail vous sera envoyé par le programme pour que vous accédiez au portail.

Lisez-vous le belge – les coups de cœur: 5. La vraie vie d’Adeline Dieudonné

« La vraie vie » d’Adeline Dieudonné chez L’Iconoclaste

De quoi ça parle?

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing.

Pourquoi ce livre?

Ce livre dur et violent ne plaira pas à tout le monde mais parle de manière marquante de la violence des hommes envers les femmes à travers la figure d’un père dominateur et effrayant. Avec une petite pointe bien sentie contre la chasse en passant, ce qui ne sera pas pour nous déplaire… On ne ressort pas de ce roman indemne, ce qui explique certainement son succès.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Encore une fois, et pour la dernière parce que nous concluons notre série des #LisezVousLeBelge avec elle, l’autrice est l’élément belge de ce livre.

Lisez-vous le belge – les coups de cœur : 4. Les yeux rouges de Myriam Leroy

« Les yeux rouges » de Myriam Leroy chez Seuil

De quoi ça parle?

Il s’appelait Denis. Il était enchanté.

Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.

Une jeune femme reçoit un message sur Facebook. C’est l’amorce d’un piège suffocant à l’heure du numérique, quand la fatalité n’a d’autre nom qu’un insidieux et inexorable harcèlement.

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

Pourquoi ce livre?

Le harcèlement en ligne reste trop banal, voire très commun quand on est une utilisatrice des réseaux sociaux. Myriam Leroy dépeint ici de manière douloureusement juste ce que subit une victime de ce type de harcèlement encore peu reconnu et auquel les autres ne donnent pas de poids. Le roman nous met directement à la place de la personne harcelée et nous fait vivre les frustrations, l’incompréhension des autres et la peur face à une personne qui semble n’avoir aucune limite et ne pas comprendre le problème avec son comportement. Nécessaire!

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

L’autrice, bruxelloise d’adoption et belge complètement. Et également une de nos anciens bibliothécaires d’un soir.

Lisez-vous le belge – les coups de cœur: 3. Sous le ciel des hommes de Diane Meur

« Sous le ciel des hommes » de Diane Meur chez Sabine Wespieser

De quoi ça parle?

Rien ne semble pouvoir troubler le calme du grand-duché d’Éponne. Les accords financiers y décident de la marche du monde, tout y est à sa place, et il est particulièrement difficile pour un étranger récemment arrivé de s’en faire une, dans la capitale proprette plantée au bord d’un lac.

Accueillir chez lui un migrant, et rendre compte de cette expérience, le journaliste vedette Jean-Marc Féron en voit bien l’intérêt : il ne lui reste qu’à choisir le candidat idéal pour que le livre se vende.

Ailleurs en ville, quelques amis se retrouvent pour une nouvelle séance d’écriture collective : le titre seul du pamphlet en cours – Remonter le courant, critique de la déraison capitaliste – sonne comme un pavé dans la mare endormie qu’est le micro-État.

Subtile connaisseuse des méandres de l’esprit humain, Diane Meur dévoile petit à petit la vérité de ces divers personnages, liés par des affinités que, parfois, ils ignorent eux-mêmes. Tandis que la joyeuse bande d’anticapitalistes remonte vaillamment le courant de la domination, l’adorable Hossein va opérer dans la vie de Féron un retournement bouleversant et lourd de conséquences.

C’est aussi que le pamphlet, avec sa charge d’utopie jubilatoire, déborde sur l’intrigue et éclaire le monde qu’elle campe. Il apparaît ainsi au fil des pages que ce grand-duché imaginaire et quelque peu anachronique n’est pas plus irréel que le modèle de société dans lequel nous nous débattons aujourd’hui.

Doublant sa parfaite maîtrise romanesque d’un regard malicieusement critique, Diane Meur excelle à nous interroger : sous ce ciel commun à tous les hommes, l’humanité n’a-t-elle pas, à chaque instant, le choix entre le pire et le meilleur ?

Pourquoi ce livre?

D’un sujet délicat et peut-être trop facilement tire-larmes, Diane Meur fait un roman inattendu où l’on découvre une galerie de personnages pas forcément aimables mais très intéressants et qui construiront, par leurs interactions, une histoire plus complexe que ne le laisse deviner la quatrième de couverture. C’est une belle surprise à l’écriture délicieuse et au récit incroyablement fascinant. A découvrir.

Mais qu’est-ce qui est belge dans tout ça?

Diane Meur est née à Bruxelles, et c’est à peu près tout mais c’est déjà ça!